‹ La formation du radicalisme philosophique (volume 3)Chapitre 24 sur 212 · BENTHAM ET DUMONT DE GENÈVE · texte numérisé non relu

BENTHAM ET DUMONT DE GENÈVE

connu dans son propre pays que dans le pays voisin. Dans sa maison de ville de Westminster, dans sa maison de campagne de H en don, il mène une existence obscure, « ne voyant personne, ne lisant rien, et écrivant des livres que personne ne lit » n .

Cependant, même en France, Dumont ne se hâte pas de faire paraître l'édition promise des œuvres de Bentham. Il a toujours été paresseux, et Romilly ne se lasse pas de lui reprocher son indolence 95 . C'est Romilly qui le décide à publier, en 4792, sous le pseudonyme de Groenvelt, un recueil de a lettres contenant un récit de la récente révolution de France, et des observations sur la constitution, les lois, les mœurs et les institutions des Anglais ; écrites pendant la résidence de Fauteur à Paris, Versailles, et Londres, dans les années 1789 et 4790 » 9 *; et ce curieux ouvrage peut être considéré comme étant chronologiquement le premier livre benthamique qui ait paru. C'est au Fragment m Govemmenl que Dumont emprunte la matière de sa XVI e lettre, et la critique de la théorie de la division des pouvoirs; c'est aux manuscrits de Ben t ha m, encore inconnus du public, qu'il emprunte la matière de la XIV* et de la XX e lettres, la critique de la philosophie juridique de Blackstone, du droit criminel anglais, de la procédure criminelle anglaise, de la loi commune. Mais la XII e lettre est intéressante entre toutes; datée de Versailles, le 29 août 4789, elle contient une réfutation, fondée sur le principe de l'utilité, de la Déclaration des Droits de l'Homme. Ce document ne présente

iS LE RADICALISME PHILOSOPHIQUE.

pas, selon Dumont, l'homogénéité et la simplicité qui sont les marques de la vérité. La Déclaration des Droits est plus sentimentale que rationnelle: au cours des débats « théologiques » dont elle est sortie, « chaque individu, concevant que les droits de l'homme sont fondés sur le sentiment plus que sur la raison, désirait voir les sentimentsdes autres se conformerstrictement au sien propre, et soupçonnait Tinsincérité de quiconque ne pensait pas comme lui ». Les droits n'existent qu'en vertu de la loi ; ils ne précèdent pas la société, ils sont produits par elle; ils ne sont pas antérieurs à la formation du corps politique, ils sont les bénéGces que nous dérivons de notre vie en commun. Il sera donc temps de faire une déclaration des droits, quand la constitution légale du pays sera achevée. En attendant, les expressions de loi de nature et de droit naturel ne sont qu'un « jargon vide de sens », commode pour le professeur qui veut envelopper son ignorance dans les nuages d'une harangue longue et compliquée. « Le seul principe vrai et immuable, c'est l'intérêt général. L'utilité est suprême, qui comprend en soi le droit, la vertu, la vérité et la justice. » Elle seule peut fonder la connaissance de la morale à titre de science objective. « Des hommes qui raisonnent sur le principe de l'utilité peuvent toujours se comprendre l'un l'autre, et il arrivera sans doute rarement qu'ils différeront longtemps d'opinion, parce qu'ils ont toujours la possibilité d'un recours immédiat à l'expérience, et que, la règle qui doit fixer le jugement de chacun étant claire, simple, et susceptible

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