BENTHAM ET LA LOI DES PAUVRES
dans le district, le plus grand nombre d'ouvriers. Ajoutez que le taux des salaires, en prenant même l'évaluation la plus basse, varie considérablement d'un point à un autre : entre tant d'évaluations différentes possibles, un homme sera-t-il, dans chaque district, libre de choisir à sa discrétion ? Ne faut-il pas d'ailleurs choisir, et peut-on, sans contradiction, favoriser le système des endosures, également favorable, selon Bentham, qui partage sur ce point l'opinion de Burke, aux intérêts des riches et des pauvres, et adopter cependant le cow-money clause du bill de Pitt, qui tend à restaurer l'ancien communisme patriarcal ? « On pense sans doute que, lorsqu'un homme fait tout ce qu'il peut, il est dur de le laisser dans une condition pire que ses voisins eu égard à une infirmité qui est son malheur, non sa faute » ; mais ce sentimentalisme est réfractaire à toute espèce de loi rigoureuse. Dès qu'on ne s'arrête pas aux marques indiscutables, la vieillesse, certaines infirmités, où tracer la limite entre le paresseux et le travailleur? Enfin, la clause du bill que Bentham appelle Relief '- Extension ou Opulence - Relief Clause spécifie qu'on admettra au bénéfice de la loi quiconque sera en possession d'un domicile d'une valeur inférieure à trente livres. « Nous avons pitié de Darius, nous avons pitié de Lear, mais il n'est pas au pouvoir des paroisses de donner des royaumes, de bannir non seulement Y infortune, mais encore Yimprévoyance ». Bentham ne traite pas seulement la question en théoricien, il la traite encore en réformateur pratique, en
homme à projet; dans F « Esquisse d'un ouvrage intitulé Administration des pauvres** », parue, à la fin de 1797, dans les Armais of Agriculture d'Arthur Young, il applique à la solution du problème les principes qu'il avait posés dans le Panopticon, non pas seulement le principe architectural de l'inspection universelle, mais le principe de l'identification artificielle des intérêts, ce qu'il appelle le duly and interest junction prineiple. Pour ce qui est de l'administration de son système d'assistance par le travail, il préconise un système de centralisation et d'administration par contrat. Les « maisons d'industrie » seront gouvernées par un bureau central, constitué dans la capitale sur le modèle du bureau de la compagnie des Indes, élu par tous les membres d'une société |>ar actions de cinq ou dix livres, qui exploitera le travail des pauvres secourus. Le même principe que dans le Panopticon, le principe de l'assurance (life assurance, or life warranting prineiple), intéresse les administrateurs à la conservation de la vie des assistés. Le même principe de publicité (transparent management prineiple) les soumet au contrôle de la sanction populaire ou morale. Le même principe qui définit les obligations des administrateurs définit celles des assistés. Ils ne sont assistés que dans la mesure où ils travaillent; et les divers principes qui règlent les conditions de leur travail, que Bentham désigne par des dénominations pittoresques, difficiles à traduire, le self-liberation prineiple (nul ne sera élargi qui n'ait payé ses frais d'entretien par le produit de son tra-