‹ La formation du radicalisme philosophique (volume 3)Chapitre 70 sur 212 · LE SYSTÈME DE BENTHAM · texte numérisé non relu

LE SYSTÈME DE BENTHAM

vail), le earn-first principle, le piece-work, ou proportionable-pay principle; le separate-work principle, ou per/brmance distinguishing prineipk, ne sont que des formes particularisées du principe de l'union de l'intérêt et du devoir.

Le projet offre, d'ailleurs, d'après Bentham, certains avantages collatéraux à côlé de l'avantage direct; il permet d'extirper la mendicité, de subvenir à l'indigence temporaire par un système de prêts à intérêt, de substituer aux sociétés de secours mutuels, ou friendly societies, un système universel et intégral d'assurances contre la vieillesse, de secours en cas de mariage ou de chômage, et pour subvenir à l'entretien d'un nombre d'enfants supérieur à la moyenne. Il présentera surtout une grande importance pédagogique 29 . L'éducation des pauvres, beaucoup plus utile socialement que l'éducation des riches en raison du nombre des pauvres, a été négligée ; or les maisons d'industrie offriront des conditions où les enfants pauvres seront soumis au « pouvoir plastique » le plus efficace qui se puisse concevoir. « L'influence du maître d'école sur la conduite de l'élève, dans la vie ordinaire, est insignifiante, quand on la compare à l'influence exercée par la compagnie sur ses pupilles ». Bentham a toujours accepté, comme Godwin, le principe selon lequel les caractères individuels sont l'œuvre des conditions sociales ; mais Godwin, libéral à l'excès, entrevoyait un état de société civilisée sans gouvernement où, l'identité naturelle des intérêts n'étant plus compromise par la survivance d'aucune

institution positive, tout système d'éducation serait inutile ; au contraire, le principe fondamental de la philosophie pédagogique comme de la philosophie juridique de Bentham, c'est le principe despotique de l'identification artificielle des intérêts. Bentham insiste sans doute sur ce point que nul pauvre ne sera secouru qu'en échange d'un travail, et que ce travail devra rémunérer une compagnie privée : cette compagnie n'en est pas moins une compagnie à monopole, et qui gouverne les hommes dont les intérêts lui sont confiés, en vertu des principes d'un despotisme pédagogique et philanthropique, qui présente peu de traits communs avec le libéralisme d'Adam Smith et de son école.

La forme définitive et classique que prendront bientôt, chez les amis de Bentham, les idées à demi formées par l'école d'Adam Smith, elles la devront, non à Bentham, mais à Malthus. En 1796, lorsque Pitt déposa son bill, Malthus n'avait pas constitué encore sa théorie. Dans un essai qu'il écrivit alors, sous le titre de the Crisis* , il discute l'opinion émise par Paley, selon laquelle la quantité de bonheur dans un pays se mesure au nombre d'habitants; niais c'est pour affirmer seulement que la quantité de bonheur doit s'apprécier par l'accroissement du nombre, sinon par le nombre actuel, des habitants : car « une population croissante est le plus certain des signes possibles du bonheur et de la prospérité d'un État », tandis que « la population présente peut n'être qu'un signe du bonheur qui est passé ». Il écrit : « Quoiqu'il ne soit aucunement

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