‹ La formation du radicalisme philosophique (volume 3)Chapitre 71 sur 212 · GODWIN, CONDORCET ET MÀLTHUS · texte numérisé non relu

GODWIN, CONDORCET ET MÀLTHUS

à désirer qu'une situation de dépendance soit rendue assez agréable pour tenter ceux qui pourraient autrement se suffire à eux-mêmes en menant une vie indépendante, cependant, si le devoir de la société est d'entretenir ceux de ses membres qui sont absolument incapables de suffire à leur propre entretien, de même il est certainement désirable que l'assistance en ce cas soit donnée de la manière qui est le plus agréable aux personnes qui doivent la recevoir ». Il préconise, en conséquence, le secours à domicile et loue, dans le Ml de Pitt, les secours extraordinaires que l'on propose d'attribuer au père de plus de trois enfants. — C'est Godwin qui, en 1797, convertit, par réaction, Malthus au « malthusianisme ». Le père de Malthus était un jacobin, disciple de Rousseau, dont il avait él^ l'exécuteur testamentaire, et, plus récemment, disciple de Godwin : en discutant avec son père les idées économiques émises par Godwin dans son Enquiry, et surtout dans son Essai sur l'Avarice et la Prodigalité 31 , Malthus prend . conscience du principe qui justifie sa résistance aux utopies de Godwin et de Condorcet 82 . Mieux encore, on pourrait démontrer qu'il emprunte à Godwin, et plus encore à Condorcet, tous les éléments de la théorie qu'il oppose aux deux égalitaires.

A Godwin il emprunte la dénomination même du « principe de population », et il emprunte à Condorcet plusieurs des expressions qu'il emploie pour définir le principe. « Ne doit-il pas arriver, demande Condorcet, un terme où ces lois, également nécessaires (la loi du

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progrès de l'industrie humaine et la loi du progrès de la population) viendraient à se contrarier », « l'augmentation du nombre des hommes surpassant celle de leurs moyens » 33 . Malt h us reprend et énonce, sous forme affirmative, la question de Condorcet. 11 se fonde sur deux postulats : le premier, que la nourriture est nécessaire à l'existence de l'homme ; le second (qu'il ne peut établir sans avoir préalablement réfuté une des utopies de Godwin), que la passion sexuelle est et restera toujours à peu près égale à elle-même 34 . Mais la quantité de nourriture disponible ne croit pas avec la même rapidité que la population. 11 y a donc conflit entre ces deux lois nécessaires; par la nature des choses, elles se contrarient. C'est ainsi qije des considérations empruntées à l'ordre de la physique et de la physiologie viennent modifier les conséquences qu'il serait, sans cela, légitime de tirer du principe de l'utilité. — Tout homme a besoin de subsistance; or il est au i>ouvoir de la société de remédier à l'inégalité actuelle de la distribution des subsistances; donc, tout homme a droit à la subsistance et, par suite, à l'assistance de ses semblables. — Tout homme a besoin de subsistance; mais la nature ne fournit pas de subsistance en quantité suffisante pour subvenir aux ljesoins d'un nombre d'hommes toujours croissant ; donc le droit à la subsistance est un droit illusoire, non fondé sur la nature des choses.

Condorcet, qui sans doute s'inspiredeTownshend, prévoit, pour le jour où se produirait le conflit des deux

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