‹ La formation du radicalisme philosophique (volume 3)Chapitre 72 sur 212 · GODWIN, CONDORCET ET MALTHUS · texte numérisé non relu

GODWIN, CONDORCET ET MALTHUS

lois nécessaires, « sinon une marche vraiment rétrograde, du moins une sorte d'oscillation entre le bien et le mal », qui serait « une cause toujours subsistante de misères en* quelque sorte périodiques ». Malthus reprend l'expression à son compte. Il arrive un moment où la quantité de nourriture, à partager primitivement entre sept millions d'individus, doit être partagée, par exemple, entre sept millions et demi. Alors, baisse du prix du travail, hausse du prix des denrées. D'où par un mouvement inverse, diminution de la natalité, développement de la culture, rétablissement de la proportion entre la population et les moyens de subsistance. « La situation du travailleur se trouvant alors de nouveau suffisamment agréable, les restrictions à la population sont en quelque mesure relâchées, et les mêmes mouvements, rétrograde et progressif, du bonheur se reproduisent » « Cette sorte d'oscillation ne sera pas remarquée par des observateurs superficiels, et il peut être difficile, même pour l'esprit le plus pénétrant, d'en calculer les périodes 35 » .

Mais le danger d'un pareil mouvement rétrograde de la population et de la prospérité humaines est extrêmement éloigné, selon Godwin et Condorcet. « Les trois quarts du globe habitable sont actuellement incultes, écrit Godwin, les parties déjà cultivées sont capables d'améliorations impossibles à évaluer. Des myriades de siècles d'une population toujours croissante peuvent s'écouler et la terre suffire encore à la subsistance des habitants. » « Il est, pense Condorcet, également

impossible de se prononcer pour ou contre la réalité future d'un événement qui ne se réaliserait qu'à une époque où l'espèce humaine aurait nécessairement acquis des lumières dont nous pouvons à peine nous faire une idée ». Au contraire, selon Malthus, le péril est constant. La quantité des subsistances disponibles n'est pas une quantité fixe, que l'accroissement de la population est appelée à atteindre un jour futur ; la quantité des subsistances disponibles n'est pas non plus une quantité toujours croissante, jusqu'à une limite fixe, qu'elle ne dépassera pas. Les moyens de subsistance, comme le nombre des hommes, croissent « au delà de toute quantité assignable » ; mais ces deux quantités ne croissent pas suivant la même loi. « Le pouvoir de repeuplement est indéfiniment plus grand que le pouvoir qui réside dans la terre de produire des subsistances pour l'homme. La population, quand elle ne rencontre pas d'obstacle, croit en raison géométrique. La subsistance croît seulement en raison arithmétique. Il n'est pas nécessaire d'être très familiarisé avec les nombres pour voir l'immensité du premier pouvoir comparé avec le second. » — C'est donc un développement nouveau de l'idée, fondamentale chez Condorcet, et à laquelle Condorcet, mathématicien, aime à donner une forme mathématique, de progrès indéfini, qui détruit, chez Malthus, la philosophie optimiste du progrès indéfini 3U . Le principe de l'identité naturelle trouvaitson application, chez Adam Smith, aux seuls objets dont le travail humain peut accroître indé-

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