‹ La formation du radicalisme philosophique (volume 4)Chapitre 12 sur 177 · BENTHAM ET LA DÉ.MOCRÂTIE · texte numérisé non relu

BENTHAM ET LA DÉ.MOCRÂTIE

est ainsi diiuiimée; mais la qualité essentielle chez un juge, c'est la probité, non V indépendance. L'indépendance du juge est bonne dans une mauvaise constitution, funeste dans une bonne constitution; mieux vaut voir Vindividu soutïrir quelquefois par la fiiute de la multitude, que la multitude continuellement par la faute d'un individu. D'ailleurs, ajoute Bentham, « je n'ai pas celte liorrewr du peuple. Je ne vois pas en lui ce monstre sauvage dont rêvent ses détracteurs. Les injustices des Athéniens, eussent-elles été dix fois plus fréquentes qu'elles n'ont été, n'ont rien à voir, à mon point de vue, avec la question. Les Athéniens avaientils des corps représentatifs? avaient-ils les lumières de deux mille années d'histoire pour les guider? l'art de l'imprimerie pour répandre ces lumières? Quand les Athéniens étaient cruels et injustes, les Denys et les Artaxerxès l'étaient-ils moins? » Il ne faut pas juger davantage la justice populaire sur les actes accomplis par quelques individus inconnus, en temps de révolution ; et d'ailleurs, si l'on veut des exemples, l'exemple de l'Amérique n'est -il pas décisif, et favorable à la thèse de l'élection des juges? ^'.

En apparence, Benthaiu semble donc avoir été converti, par l'exemple di' la France, à l'opinion démoci-atique. Au fond, Bentham, pour l'instant, n'est pas un démocrate sincère. Il apporte, au système d(3 l'élection certaines restrictions nouvelles , qui sont de son invention. Le « pouvoir de députation » *', par lequel il donne au magistral, ww fois élu, la faculté de se

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désigncr iiii sii})j)léaiit permanent, non rétrihné, implique le « principe de promotion graduelle » ^'' : c'est parmi ces suppléants (juges députés) (jue le corps électoral sera obligé de choisir les magislrats. Les parties choisiront leurs avocats : le plus sûr parti, en vertu de ce principe que « chac|ue homme est le meilleur juge de son intérêt » , c'est de n'imposer aucune condition restrictive à ce choix. Mais les parties ne choisiront pas leurs juges : ii y a lieu rie restreindre ici, « sans componction )>, le principe de l'élection populaire. Car « la renommée publique <lii'a (|iii s'(^>t niMiitré le meilleur juge, après épreuve; les relations privées seules peuvent dire, avant épreuve, «pii. entre des hommes jeunes et non éprouvés encore, se montrera vraisemblablement un bon juge ». Là où les apprentissages étaient sans utilité, on a institué des apprentissages; là où des apprentissages auraient dû être tenus pour nécessaires, il n'en existe pas. — Surtout le principe de 1' « enchère patriotique », dont Bentham semble avoir, indirecteiiieiil. emprunté l'idée au discours de Burke sur la réforme économiques^, constitue une double restriction au principe égalitaire et au principe électif. Le système de l'enchère patriotique, qui invite les candidats, avant l'élection, à ollVir de payer, au moment de leur entrée en charge, une sonnrie d'argent inférieure, égale ou même supérieure, au trailement espéré, laisse bien le corps électoral litire, en un sens, de son choix; mais tout est calculé pour qu'il .soit tenté de choisir le candidat assez patriote assurément, mais encore assez

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