‹ La formation du radicalisme philosophique (volume 4)Chapitre 13 sur 177 · BENTHAM ET LA DÉMOCRATIE · texte numérisé non relu

BENTHAM ET LA DÉMOCRATIE

riche pour inettro renchèrc la plus forte. — EuHn, Bentham a soin d'averti i- (jue, s'il retient le |»rincipe électif en matière d'oriianisation judiciaire, ce n'est pas là uu<' thèse dont il se tient pour l'inventeur, c'est une hypothèse qu'il accepte, et dont il demande qu'on tire au moins toutes les conséquences logiques. 11 reconnaît" que c'est une « expérience audacieuse » de confier au peuple entier le choix des juges ; il aurait hésité, quant à lui, entre le roi et les assemblées représentatives. Mais, puisque le comité a eu le courage de regarder l'idée en face, il demande, mù par une sorte de curiosité de savant , si l'on a décidé quelque part de faire l'expérience, qu'on la fasse loyalement et intégralement *\ Il déclarera, un peu plus tard, n'avoir considéré l'adoption du principe électif c[ue comme une concession nécessaire dans les circonstances, et n'avoir fait la concession qu' « à contre -cœur » ^•'.

La Révolution cependant se préci[)ite. Elle décourage, en Angleterre, d'abord ceux de ses adhérents qui confondaient la Révolution de 1789 avec une autre Révolution de 168B, et s'attendaient à voir la France se donner un régime mixte d iim' monarchie ichig. Elle découragera bientôt ceux qui la confondaient avec la Révolution de 1776 et s'attendaient à voir prévaloir en France une constitution démorrafique à raniéi-jcainc En moins de cinq ans, le cycle est accompli, et déjà les militaires menacent la République. Quelle est, pendant la durée de la crise, l'altitude du groupe des amis du

marquis de Lnnsdowne, de lord Lansdowne lui-mèiiic, de Romilly et de Bentham?

Lord Lansdowne est un politicien : meneur d'un parti parlementaire, il apporte, à plaider la cause que défend son parti, la bonne foi, relative et professionnelle, de l'avocat. Il a été un des premiers Anglais assez perspicaces pour pressentir la puissance militaire de la France révolutionnaire, un des premiers hommes du Parlement à comprendre le caractère universel de la Révolution. Il félicite Bentham de « prendre en main la cause du peuple de France : rien ne peut servir autant la cause de l'humanité et de la civilisation que l'intérêt pris par les individus d'un pays à la prospérité d'un autre ». Et il continue, comme si la philosophie nouvelle des droits de l'homme ne se distinguait pas de la philosophie de Tutilité : « Je pense depuis longtemps que le peuple n'a (ju'un intérêt par tout le monde — ce sont les souverains qui ont des intérêts ditîérents... Si les peuples des différents pays pouvaient une bonne fois se comi^rendre , et être amenés à ado[)ter une demi-douzaine de principes généraux, leurs serviteurs ne s'avcîntureraient pas à leur jouer de pareils tours » ^", Il se fait d'abord illusion, sans doute, sur l'étendue des réformes dont la France aiu'a l)esoin. Il pense, le 10 juillet 1789, que la liberté de la presse, l'abolition des lettres de cachet, l'institution d'assemblées provinciales, une borne mise aux dépenses publiciues suffiraient"''. Mais il accepte ensuite les faits accomplis. « Les biens d'Église une fois

LORP LANSDOWNE ET LA RÉVOLUTION 'di

vendus ne pourront jamais être restitués... L'absurdité féodale ne pourra jamais être ressuscitée. Le peuple ne pourra jamais être imposé saus le consentement de quelque corps représentatif consistant en une ou deux Chambres. La Bastille ne pourra pas être reconstruite. L'administration de la justice et le régime féodal ne pourront jamais être réconciliés. Ces points fondamentaux, je les appelle la Révolution : ils doivent assurer l'essence de la liberté ■^-.» Sans relâche, il préconise une politique de paix, dénonçant le caractère « métaphysique •"'^» de la guerre, taxant de pharisaïsme les accusations portées contre l'immoralité française "•''. Il reste fidèle à la cause de la réforme parlementaire, et proteste quand, en 1792, Grey ayant déposé au Parlement une motion favorable à la réforme, une proclamation royale est publiée contre la publication et la propagation d'écrits séditieux, visant la « Société des amis du peuple », dont Grey est membre, et qui propage les idées en question. Il scandalise volontairement l'opinion, lorsque, proposant au Gouvernement d'intercéder en faveur du roi de France, il le désigne sous le nom de « Louis XVI » ■'■•; il accuse un agent provocateur d'avoir lancé la pierre qui brise la vitre du carrosse royal, dans les rues de Londres, en octobre 1795 •''"; il résiste tant qu'il peut à l'adoption des lois d'exception, et c'est grâce à ses efforts que les clauses du Traitorous Correspondence Bill qui privent le prévenu de ses moyens de défense sont atténuées à la Chambre des Lords ^^ Les caricaturistes le représentent

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