‹ La formation du radicalisme philosophique (volume 4)Chapitre 26 sur 177 · L INDIVIDUALISME DE PAINE · texte numérisé non relu

L INDIVIDUALISME DE PAINE

lion disculée se trouve traitée'' ». Benlham ne parlait pas en d'autres termes de son code idéal : et pourquoi ne pas étendre aux lois constitutionnelle le principe posé par Bentham pour les lois civiles et pénales? Mais Paine ajoute que la constitution, pour conférer au gouvernement un caractère de légitimité, doit être précédée d'une déclaration des droits de l'homme : par où il se sépare de nouveau de Bentham.

De même encore, Paine est individualiste ; et son individualisme s'exprime par les mêmes formules que l'individualisme des utilitaires. « Le bien public, écrit-il, n'est pas un terme qui s'oppose au bien des individus ; au conlraire, il est le bien de tous, parce qu'il est le bien de chacun. Car, de même que le corps social consiste dans la collection de tous les individus, de même le bien social consiste dans le bien collectif des individus i«^. Bentham, dans son « Introduction », ne s'exprimait pas autrement. Paine néglige cette solidarité des générations, que Burke considérait comme le fait social fondamental. Ceux qui ont quitté le monde, ceux qui n'y sont pas encore entrés, sont aussi éloignés les uns des autres que le peut concevoir l'imagination humaine : comment concevoir entre les uns et les autres un rapport d'obligation ?comment peut-on poser en principe et en règle que de deux non-existences (non-e?j<?7<es), dont l'une n'existe ])lus et l'autre n'existe pas encore, l'une domine l'autre jusfiu'à la fin des temps ? «Je défends les droits des vivants ; M. Burke lutte pour l'aulorilé des morts sur les droits et la liberté des vivants ». Bentham, [)resquc

dans les mêmes termes, considère le système de Burke, quoique diamétralement opposé au système des démocrates, comme « absurde et malfaisant pour des raisons semblables; il subjugue les siècles éclairés aux siècles ignorants. De toutes les tyrannies, la plus impitoyable est celle des morts : car elle ne peut être atténuée. De toutes les Folies, la plus incurable est celle des morts: car elle ne peut recevoir d'instruction )>^'. Mais l'individualisme de Paine est un individualisme spiritualistc, fondé sur une théologie : tous les hommes sont égaux en sortant des mains du Créateur, et la seule inégalité qui ne soit pas artificielle, c'est l'inégalité qui sépare le bon d'avec le méchant '^ A Paris, en 1702, comme à Xew-York en 1776, Thomas Paine reste toujours, même lorsqu'il renonce à l'orthodoxie chrétienne, un quaker; et, par son intermédiaire, le christianisme révolutionnaire des protestants anglais d'Amérique rejoint l'athéisme révolutionnaire des sans-culottes français ^'\ L'individualisme de Benlham ou d'Adam Smith reposait sur un principe tout différent.

Mais les analogies qui existent entre la philosophie politique de Paine et la philosophie de l'utilité sont plus profondes. Elles portent non seulement sur certaines conséquences identiques tirées de principes différents, elles portent sur les principes eux-mêmes. En dépit de quelques allusions aux « droits de l'homme, héréditaires et indéfectibles », la philosophie de la deuxième partie des « Droits de l'Homme » est extrêmement différente de la philosophie spiritua-

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