‹ La formation du radicalisme philosophique (volume 4)Chapitre 40 sur 177 · GODWIN CONTRE LE DROIT DE PROPRIÉTÉ · texte numérisé non relu

GODWIN CONTRE LE DROIT DE PROPRIÉTÉ

de la notion vulgaire de propriété. Dans le problème général de la propriété, Godwin distingue deux problèmes spéciaux, qui demandent à être résolus l'un après l'autre. D'abord, quelle est la personne désignée pour l'usage d'un objet particulier? En second lieu, quelle est la personne aux mains de qui il est plus juste et plus utile que soient contiées la conservation e1 la distribution d'une quantité quelconque de ces articles ? Ce second problème constitue le problème de la propriété au sens strict.

Au premier problème, le principe de l'utilité ne saurait donner qu'une réponse. Il me Commande d'agir constamment de la manière qui sera le plus profitable à l'ensemble de la société: donc chaque membre de cette société a le droit d'exiger que j'agisse de la manière qui lui sera le plus utile, en tenant compte de tous les intérêts engagés sans exception, du sien, du mien propre, et de ceux des autres membres de la société. Plus précisément, « tout homme a droit à cela qui, la possession exclusive lui en étant une fois accordée, lui procurera une plus grande somme d'avantage ou de plaisir, que si l'affectation en avait été faite de toute autre manière " » .

Mais, entre le moment où, par l'application du travail humain, un objet a été rendu apte à être consommé, et le moment de la consommation, il s'écoule un intervalle, et, pendant cet intervalle, il est nécessaire que l'objet ne soit pas abandonné au hasard, mais qu'il en soit pris quelque soin pour le conserver jusqu'au mo-

ment de la consommation. Qui doit être, pendant cet intervalle, l'entrcpositaire (factor or ivarehouseman) chargé de veiller à la conservation et à la distribution de l'objet ? C'est le problème de la propriété ^ Car je n'appelle pas l'homme qui s'assied accidentellement à ma table le propriétaire de ce qu'il y mange : « la propriété implique quelque permanence de possession extérieure, et comprend en soi l'idée d'un compétiteur possible ». Or il faut distinguer, dans la propriété, trois degrés.

Le premier degré, ou la première forme de la propriété, se déduit directement du principe de l'utilité : c'est « mon droit permanent aux choses d'où, l'usage m'en étant attribué, une somme plus grande d'avantage ou de plaisir résultera, que s'ils avaient été appropriés autrement ». Le droit de propriété ainsi entendu peut s'énoncer par l'adage: « A chacun selon ses besoins ».

Le deuxième degré, c'est « l'empire accordé à chaque homme sur le produit de son industrie, même sur cette partie du produit qui ne devrait pas lui être appropriée » : à chacun selon son travail. Un jmreil droit doit être entendu comme un droit négatif, une forme particulière du di'oit de liberté individuelle : il résulte de l'obligation où sont les autres de ne jamais m'imposer, par voie de contrainte, une certaine disposition déterminée des produits de mon industrie. Il ne peut pas être considéré comme un droit positif : je n'ai pas le droit de disposer à ma fantaisie du produit de mon travail. Cette seconde espèce de propriété est donc

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