‹ La formation du radicalisme philosophique (volume 4)Chapitre 69 sur 177 · HORNE TOOKE ET BURDETT · texte numérisé non relu

HORNE TOOKE ET BURDETT

tache ainsi à la « vieille école » des démocrates anglais. Car Horne Tooke a toujours été un modéré et n'a jamais partagé, même aux temps de persécution commune, les convictions de Thomas Paine. Il rendait hommage, en 1793, devant ses juges, à la constitution glorieuse du peuple, anglais ; il admettait seulement que « des personnes honnêtes et bien intentionnées, ne connaissant rien de la constitution dans les livres , et jugeant seulement des choses par la pratique actuelle, pussent nier l'existence de cette constitution «. D'ailleurs, chez Horne Tooke , la tradition , la coutume finissent par se confondre avec le droit naturel, avec les prescriptions de la raison. Le droit (Riglit), c'est ce qui est commandé (rectum, de regere). Existe-t-il donc autant de droits que de commandements contradictoires, d'une nation à l'autre? Mais le droit que révère Horne Tooke, n'est pas le jus vacjum, le commandement capricieux des princes ou des ministres. De la loi de Dieu dérivent les lois de la nature humaine : « Je révère la Constitution et les LOIS constitutionnelles de l'Angleterre, parce qu'elles sont conformes aux LOIS de Dieu et de la nature ; et sur celles-ci sont fondés les DROITS rationnels des Anglais-'. » Bref, Horne Tooke paraît revendiquer indivisiblement la restauration des droits inaliénables de l'homme, pris en tant qu'homme, et le retour aux origines de la constitution du peuple anglais : deux conceptions également vides de sens pour qui se place au point de vue de la doctrine benthamique. En outre, il ne se fait pas l'avocat du suffrage uni-

verse! ; et ce sont vraisemblablement ses idées (jue reprend Burdett, le io juin 1809, lorsqu'il demande l'électorat pour tous ceux, mais pour ceux seulement qui paient l'impôt direct-^ C'est à cette première étape que Bentham, parti du torysme et dès maintenant en route vers le radicalisme, s'arrête en 1809, malgré la diflerence des principes. Pour l'instant, les Benthamites ne vont pas plus loin.

Tel est notamment le cas pour James Mill qui, le premier dans le groupe naissant des Benthamites, essaie, en janvier 4809, i)ar un article que publie la « Revue d'Edimbourg »-", et qui traite des constitutions républicaines de l'Amérique du Sud, de fonder la théorie du gouvernement représentatif sur le principe de l'utilité. « Toutes les fois que les intérêts de deux groupes d'hommes sont associés dans la poursuite d'un commun dessein, si l'administration tout entière est livrée à un des groupes, il est parfaitement clair que le groupe qui administre attirera graduellement de son côté tous les avantages et rejettera de l'autre tous les désavantages de l'association ; si l'intérêt total est considérable et aussi impossible à contrôler que peut l'être l'intérêt d'une nation, cette inégalité doit cerlainement aller jusqu'à ruiner l'intérêt lui-même et à détruire toute prospérité nationale ». On voit qu'il ne s'agit plus, comme pour Paine ou (iodwin, d'introduire en politique le principe antigouvernemental de l'identité naturelle des intérêts; James Mill se rapproche de la thèse traditionnelle du libéralisme whig, et se fonde, comme

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jadis Priestley, sur le principe de l'identification artificielle, pour demander, une fois admise la nécessité d'un contrôle gouvernemental, que le gouvernement à son tour subisse un contrôle organisé. Combien d'ailleurs James Mill est-il encore timide! Il veut bien accorder aux États d'Amérique une constitution démocratique, mais il refuse de confier au peuple le soin déformer, à l'origine, la constitution; et, quant à la composition du corps électoral, s'il ne la veut pas trop restreinte — ce qui serait s'exposer aux inconvénients de la corruption, — il demande qu'on évite de la faire trop large — ce qui serait donner cours aux « passions ignorantes et téméraires du vulgaire ».

C'est la même année que Bentham aborde le problème et commence la rédaction d'un « Catéchisme de la Réforme Parlementaire » , sous forme de demandes et de réponses, dont, en novembre 1810, il proposera à Cobbett d'entreprendre la publication dans son Begistcr. Cobbett refuse l'insertion ; et c'est peut-être une raison de l'antipathie qu'il inspirera toujours à Bentham^". Est-il pourtant besoin de recourir à de si petites raisons pour expliquer le mépris constant où Bentham tient aussi bien Burdett, « le héros delà canaille»^', que Cobbett^-, « odieux composé d'égoïsme, de malignité, d'insincérité et de mendacité »? On peut les utiliser à l'occasion, car les plus vils gredins ont leur utilité. Mais Jientham éprouve à leur égard l'antipathie du philosophe politique poui- Ji- politicien : effectivement, son essai de 1810 est un essai purement philosophique où la place entière est occupée par l'énumération des misons à donner

en faveur des propositions de Burdett, par qui adhère au principe de l'utilité. Tout se ramène à un calcul des profits à obtenir, des pertes à éviter ou à réduire. Il faut s'assurer, au plus haut degré, chez les membres du corps électoral ou, plus exactement, chez le plus grand nombre possible de ces membres, de la présence des facultés nécessaires pour les rendre aptes à l'accomplissement exact de leur fonction; et ces éléments d'aptitude consistent eux-mêmes, selon Bentham, en probité, en aptitude naturelle, en talent actif. Il faut, d'autre part, écarter, ou réduire à la plus petite quantité possible, les inconvénients relatifs aux élections; et de même, écarter, ou réduire à la plus petite quantité possible, les inconvénients relatifs à la discussion de validité des élections. Mais voici le point curieux de la doctrine de Bentham, en cet instant précis de son évolution. Il énumere cinq mesures nécessaires pour réaliser les fins positives : l'exclusion des fonctionnaires; l'introduction dans le Parlement de personnages officiels, qui n'auront pas le droit de voter, mais auront celui de prononcer des discours et de faire des motions; des élections fréquentes (Bentham les veul, annuelles); la publication complète et authentique, régulière et rapide des discours; la constance, la ponctualité et l'universalité de l'assistance. Or, l'extension du droit de suffrage ne fait pas partie de ces cinq mesures fondamentales.

Sans doute , à ces demandes de réforme conslitutionnelle, Bentham en joint d'autres qui portent sur l'organisation de l'électorat. Tout en maintenant, sous

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