LA « RELIGION NATURELLE
vers le même temps qu'il rédige son Not Paul but Jésus, publié en 1823 seulement, dans lequel il s'attache à démontrer que Paul était un imposteur, un ambitieux, que sa doctrine est, sur presque tous les points, en divergence avec la doctrine de Jésus, qu'il est le véritable Antéchrist^*. — Mais l'expression la plus directe de sa philosophie antireligieuse est contenue dans le petit ouvrage intitulé : « Analyse de l'influence de la religion naturelle sur le bonheur temporel de l'humanité »^% publié en i 82:2 : le jeune George Grote, qui a fait en 1818, par Ricardo, la connaissance de James Mill, et, par James Mill, la connaissance de Bentham, s'instituera cette fois, sous un pseudonyme, rédacteur des papiers du maître. Tout comme, vers la même époque, Bentham fondait une classification des sciences sur la considération de leur utilité relative, de même, dans ce petit ouvrage, il apprécie la valeur de l'idée religieuse au point de vue de Vutilité, distinct du point de vue de la vérité. « Si les raisonnements qui suivent paraissent concluants, on se fera une idée du profit ou du dommage temporels qui résultent de l'action de la religion naturelle. Quant à la question de savoir si les doctrines renfermées sous cette dénomination sont vraies ou fausses, c'est un [joint que je n'ai pas l'intention de toucher^' ». Fausses, elles pourraient être utiles; vraies, elles pourraient être dangereuses. D'ailleurs, « le f»his arflont partisan de la religion naturelle ne saurait nier que son iniluence n'ait produit, au moins de temps en temps, de mauvais elTels. Per-
sonne d'ailleurs n'oserait nier qu'en d'autres circonstances elle n'ait produit de bons résultats. La question se ramène donc à une comparaison de la grandeur, du nombre et de la proportion de ces divers effets » ^'. 13entham applique donc, à estimer l'eflficacité de l'idée de peines et de récompenses posthumes, les règles de son arithmétique morale. « Tous les motifs sont des attentes, soit de plaisir soit de peine. La force avec laquelle toutes les attentes agissent sur le cœur de l'homme varie suivant qu'elles diffèrent par l'un des caractères suivants : l'intensité, la durée, la certitude, ^^
la proximité. Voilà les quatre éléments de valeur qui constituent et mesurent la force relative de tous les motifs humains '^^ ». Or, on nous dit bien que les plaisirs et les peines posthumes sont doués d'une durée et d'une intensité infinie; mais c'est une infinité qu'on leur confère par une fiction, afin de faire contrepoids à leur manque réel de proximité et de certitude. Heureusement, car, « si l'impression d'effroi produite par les attentes réellement créées dans l'esprit se rapprochait de celle des tableaux de l'imagination, si le manque de certitude et de proximité se trouvait compensé, de sorte que ces attentes demeurassent seules en pleine possession de l'esprit, leur influence entraînerait la perte absolue de la raison et le sacrifice complet de toute jouissance sublunaire ^^ ».
Observons que la dialectique de Bentham présente toujours le même caractère : elle emprunte aussi peu d'éléments que possible à l'observation empirique. Ce