‹ La formation du radicalisme philosophiqueChapitre 101 sur 239 · HORNE TOOKE. JAMES MILL · texte numérisé non relu

HORNE TOOKE. JAMES MILL

cette même année date sa conversion philosophique; on voit donc quelle influence le livre de Tooke peut avoir, à ce moment décisif de son histoire, exercé sur son intelligence^*. Vingt ans plus tard, dans son ouvrage de psychologie, il emprunte à Tooke, et sa théorie de Torigine des parties du discours*^, et sa théorie de l'abslracuon ^^

Or, c'est une question de savoir si la théorie de l'abstraction, empruntée par James Mill à Home Tooke, nMntroduit pas dans sa psychologie une sorte de contradiction, qu'il est important de définir si l'on veut bien comprendre les difficultés inhérentes à sa méthode. Certains termes, nous dit James Mill, à savoir les adjectifs, sont toujours employés pour c noter » certaines impressions sensibles et pour en « connoter » d'autres ; le mot € noir » désigne directement une certaine couleur, mais implique que cette couleur a toujours été perçue comme la couleur d'une chose, d'un cheval, d'un homme, et ainsi de suite. Former l'idée abstraitedu noir, pris substantivement, c'est laisser tomber toutes ces idées accessoires « connotées » par l'adjectif, pour ne retenir que l'idée directement désignée par l'adjectif. Qu'est-ce à dire sinon que nous percevons d'abord les impressions sensibles en connexion étroite, dans le temps et l'espace, avec d'autres sensations dont le nombre s'étend de proche en proche à l'infini ? que nous ne détachons de ce contexte les impressions simples que postérieurement, d'une manière en quelque sorte artificielle et factice ? Mais la théorie de l'idée complexe, telle que

la développe Horne Tooke avec beaucoup de rigueur en se fondant sur les postulats mêmes de la psychologie associationiste, aboutit à des conséquences opposées. Aux termes de cette théorie, nous commençons par éprouver des impressions sensibles isolées que nous apprenons seulement par la suite à grouper, de manière à en composer de soi-disant « idées complexes », dont l'existence, artificielle et factice, ne correspond en réalité qu'à l'unité d'un mot. En d'autres termes, l'élément simple auquel aboutissent ses analyses, cette sensation de rouge ou de bleu, est-ce cette sensation déterminée, inséparable de ses antécédents et de ses conséquents, localisés dans le temps et l'espace, une chose particulière, un être individuel ? ou bien est-ce cette sensation déterminée, irréductible, en vertu de sa propre nature, à toutes les autres qualités sensibles, même aux nuances les plus voisines du rouge et du bleu, une manière d'être de l'esprit, une qualité simple ? Si l'on adopte la première interprétation, la psychologie associationiste constitue une sorte de réalisme, ou de matérialisme latent ; si l'on adopte la seconde, elle constitue comme une sorte de platonisme sensualiste. Mais entre ces deux interprétations James Mill ne choisit pas ^^ : il ne* semble pas même avoir conscience que l'alternative se pose. Au fond les deux interprétations répondent à deux tendances également fortes de sa pensée. Il veut que le primitif, ce soit le simple : faute de quoi, il n'y aurait plus à ses yeux d'explication possible. Et d'autre part il veut que le primitif, ce soit le concret : faute de quoi

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