‹ La formation du radicalisme philosophiqueChapitre 102 sur 239 · CHIMIE ET PSYCHOLOGIE · texte numérisé non relu

CHIMIE ET PSYCHOLOGIE

sa philosophie ne serait plus une philosophie de Texpérience. Que faire alors, s'il apparaissait que l'abstrait, c'est le simple?

Cependant James Mill ne pousse pas la thèse nominaliste jusqu'aux extrémités paradoxales où l'avait poussée Home Tooke. Comme Locke, comme Hartley, et sans tenir compte de la critique de Home Tooke, il continue à employer le terme d'* idée complexe » pour désigner une multiplicité d'idées associées ^^; il tient qu'il existe de véritables combinaisons psychologiques, où plusieurs idées, d'abord distinctes, se fondent en une seule ; et sur ce point l'influence individuelle exercée par le livre de Home Tooke a peut-être été contrebalancée par une autre influence, s'exerçant en on sens opposé, plus générale et plus profonde. Dans Tintervalle chronologique qui sépare le livre de James Mill d'avec ceux de Hume et de Hartley, une science nouvelle, avec ses catégories propres et ses éléments irréductibles, s'est constituée, et l'un de ceux qui, en Angleterre, l'ont fondée, se trouve avoir été précisément Priestley, le propagateur de la philosophie de Hartley. La chimie a confirmé la conception newto-* nienne de la nature, dans ce qui la distingue de la physique cartésienne : de nouveau, il est apparu que le lien causal n'était pas une liaison intelligible entre la cause et l'effet, qu'il n'était pas possible de deviner l'effet dans la cause, les propriétés de l'eau, par exemple, dans celles de l'oxygène et de l'hydrogène. Si même la science newtonienne avait laissé subsister l'espoir que

toutes les lois de la nature pourraient se déduire de Tunique loi d'attraction, il apparaissait maintenant qu'il fallait d'une part multiplier le nombre des éléments et des lois, et d'autre part admettre la production, par voie de combinaison, de corps nouveaux, là où de simples procédés mécaniques sont impuissants à séparer les éléments. Mais, depuis le xvn* siècle, la science des phénomènes de la vie mentale semble avoir toujours pris pour modèle les sciences de la nature, telles que les concevaient les savants contemporains : n'est-il pas à présumer que les progrès de la chimie ont réagi sur ceux de la psychologie? Les faits confirment l'hypothèse.

Pour réfuter les psychologues simplificateurs de l'école philosophique française, qui se réclament de Hume et de Condillac, les universitaires d'Ecosse aiment à développer ce thème que le progrès des sciences n'est pas nécessairement un progrès en simplification, que la « chimie » des philosophes Ioniens, des Aristotéliciens, des alchimistes, était beaucoup plus satisfaisante pour nos exigences d'unité que ne l'a été la nouvelle chimie, que celle-ci cependant est bien plus conforme à la réalité naturelle ^\ Thomas Brown, quoiqu'il tende à se rapprocher des idéologues, leur adresse la même objection '^ et définit la psychologie comme une science analogue à la chimie, comme une « analyse intellectuelle » analogue à c l'analyse des corps ». Or James Mill a été longtemps un disciple de Dugald Stewart; il habitait Édimboui^ et fréquen-

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