BROWN. THOMSON. JAMES MILL
tait Tuniversité au temps où Brown, dans cette même ville, dans cette même université, commençait à se faire connaître. Il fit, par-dessus le marché, de la chimie une étude spéciale sous la direction de Thomson, son ami intime aussi bien que celui de Brown'* : un des premiers articles qu'il publie, après son arrivée à Londres, il le consacre au traité récemment publié par Thomson, sur cette science dont «l'objet» est de rechercher quels sont les ingrédients simples, incomposés, dont les corps sont constitués, comment ces corps simples agissent les uns sur les autres, comment ils forment par voie de combinaison les diverses substances qui composent notre univers, et quels nouveaux corps ils sont capables de former par l'effet de combinaisons artificielles » '^. Il se vantera, beaucoup plus tard, presque comme d'une découverte, d'avoir établi l'importance, dans la vie de l'esprit, de ces associations < inséparables », « indissolubles » '^, où l'esprit ne peut, même au prix des plus grands efforts, isoler les idées composantes. La déclaration surprend : car la théorie se trouve explicitement formulée chez Hartley'*. Mais, lorsqu'il tient ridée pour nouvelle, n'est-ce pas qu'il cède au prestige exercé sur tous les esprits par la science chimique récemment constituée, qui, à une hypothèse ancienne, donne une force nouvelle et un aspect nouveau?
Telles sont les influences contemporaines qui peuvent avoir exercé une action sur la formation de la pensée philosophique de James Mill. L'influence de Bentham
reste seule à mentionner ; et c'est toujours à la même formule qu'il faut revenir, lorsqu'on veut définir l'influence exercée par lui sur James Mill. Sans doute, si Bentham n'avait pas fait la connaissance de James Mill, le benthamisme n'aurait jamais pris conscience des principes philosophiques sur lesquels il se fonde. Mais certainement, si James Mill n'avait pas connu Bentham, il ne serait pas devenu le doctrinaire de la philosophie de l'association des idées et de l'utilité générale. C'est en 1815, au moment où la question de la réforme pédagogique fait peut-être apparaître avec plus de force aux yeux des Benthamites la nécessité d'une réforme philosophique préalable, que nous le voyons se consacrer, pour la première fois, d'une manière suivie, à l'étude de la psychologie. « Je suis heureux, lui écrit Place, de voir ce que vous dites de Berkeley, Hume, Reid, Stewart, et plus heureux encore lorsque je considère comme possible que vous écriviez quelque jour un livre sur la science de l'esprit ; après tout ce qui a été dit contre la métaphysique, après tout le mépris avec lequel affectent de la traiter tous ceux à qui la rigueur de pensée est intolérable, c'est toujours la science maîtresse ; je tiens que, sans elle, nul n'a jamais bien raisonné en morale ou en philosophie > '^. Ses réflexions sur Locke, Berkeley, Hume, Reid et Stewart, James Mill les publie, quelques jours plus tard, dans un article du British Aeview. Rompant définitivement avec son maître d'Edimbourg, il prend contre lui la défense du principe de l'association des idées.