ANNÉES D ÉTUDES
Qu'est-ce, demande-t-il, que ces « lois de la pensée», c impliquées», selon Dugald Stewart, «dans tout acte de pensée »? Il n'y a d'implication intelligible pour le philosophe que la connexion entre idées empiriquement associées. Tout en évitant de compromettre, par des déclarations de principes trop tranchées, la publication où paraît son article anonyme, il montre comment il serait possible de plaider la cause de la morale utilitaire, et reproche à Stewart de n'avoir pas mentionné Bentham au nombre des doctrinaires de l'utilité qu'il a jugés dignes de réfutation. Il s'efforce de justifier la théorie empiriste, et reproche à Dugald Stewart de n'avoir pas vu que là venait aboutir, naturellement, sa propre théorie de l'abstraction et ^es termes généraux. € A l'exception des sens et de la conscience, qui portent sur des vérités particulières, nous n'avons d'autres facultés intellectuelles que celles qui traitent de vérités générales. Mais nous savons que les seules vérités réelles avec lesquelles nous entrons en relation sont les vérités particulières. Les vérités générales ne sont que les fictions de l'esprit humain, inventées pour nous aider à nous remémorer et à exprimer les vérités particulières. Il apparaît donc, conformément aux chapitres de Mr. Stewart sur Tabstraction, que la matière et l'esprit appartiennent à la classe des fictions » '*.
Dès lors l'idée de l'ouvrage de psychologie qu'il veut écrire ne cesse d'obséder sa pensée. « La doctrine des vibrations chez Hartley est absolument gratuite, écritil à Place'', mais je crois que je pourrai faire voir un
jour que rexplication qu'il donne du monde des idées est la vraie. C'est un écrivain obscur et très ennuyeux, et jusqu'ici les lecteurs qu'il méritait ont été rares. Mais on pourrait jeter sur sa doctrine une lumière si claire et si frappante que la métaphysique, après cela, ne serait pas bien mystérieuse. » Il aborde Kant, un aa plus tard, et le lit sans intérêt comme sans trouble : « Je vois assez clairement où ce pauvre Kant veut en venir, mais ce ne serait pas une petite tâche de vouloir en rendre compte. Je viens de lire rapidement Hartiey. Hartley, voilà la vraie piste ; mais son livre est écrit avec obscurité, et il faudra beaucoup de réflexion pour rendre abordable à tous les esprits l'application de sa théorie à toutes les parties du domaine de la pensée. Et voilà ce que je continuerai à faire, et à faire toujours ; mais combien il faudra de temps pour le faire, voilà qui dépend de bien des circonstances » ^*. Pour achever cet ouvrage, destiné, dans la pensée de James Mill, à rendre « l'esprit humain aussi uni que la rue qui mène de Charing-Cross à Saint-Paul » '^, il faudra treize années encore. James Mill, cependant, s'exerce et s'entraîne, d'abord par l'article, demi-pédagogique* demi-philosophique, qu'il publie en 1818 sur 1'* Éducation», ensuite par les leçons de logique et de philosophie qu'il donne, de 1818 à 1822, à son fils Stuart Mill. De 1822 à 1829, sept congés consécutifs sont mis à profit par lui pour mener enfin son travail à bon terme ^^.
Par r« Analyse des Phénomènes de l'Esprit Humain »