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THÉORIE DES ÉCHANGES ÉTRANGERS

lîsation des profits s'applique seulement, selon Ricardo, à rintérîeur d'un seul et même pays. Considérons, au contraire, le cas de deux pays différents, échangeant leurs produits respectifs. S'il faut, en Angleterre, le travail de cent hommes, et, en Portugal, le travail de quatre-vingt-dix hommes pour produire une certaine quantité de drap ; s'il faut, d'autre part, en Angleterre, le travail de cent vingt hommes pour produire la quantité de vin que quatre-vingts hommes suffiraient à produire au Portugal, on ne voit pas d'abord comment, dans la théorie de Ricardo, un échange pourrait se produire entre les draps et les vins de Portugal et d'Angleterre. Jamais, entre deux régions d'un même pays, entre Londres et le Yorkshire, par exemple, le produit du travail de cent hommes ne s'échangera contre le produit du travail de quatre-vingts. Il arrive cependant que, dans ces conditions, le Portugal trouve intérêt à échanger ses vins contre les draps anglais : la valeur en échange de deux produits se règle, entre deux pays, non sur les quantités respectives de travail qui ont été nécessaires à la production des deux objets, mais sur les quantités respectives de travail qui seraient nécessaires pour les produire, dans chacun des deux pays isolément considéré. Pourquoi cette différence? C'est que le capital, entre un pays et un autre, se déplace avec moins de mobilité qu'entre une province et une autre. Pourquoi cette différence ellemême? Nous voici ramenés à la raison profonde du phénomène, à savoir « la répugnance naturelle que

tout homme éprouve à quitter le lieu de sa naissance et le siège de ses associations enfantines d'idées > ^*.

Sans doute les capitalistes anglais auraient intérêt à s'en aller fabriquer du drap au Portugal ; mais l'expérience montre que l'insécurité, imaginaire ou réelle, du capital, lorsqu'il échappe à la surveillance directe du propriétaire, jointe à l'aversion naturelle que tout homme éprouve à rompre avec toutes ses habitudes pour s'en aller accepter un gouvernement étranger et des lois nouvelles, entrave l'exode des capitaux. Les capitalistes se contenteront de profits moindres dans leur pays, plutôt que de chercher un emploi plus avantageux de leur richesse dans les pays étrangers. Par l'effet des sentiments que nous avons définis, les nations sont autant de mondes économiques, relativement isolés les uns des autres : c'est en cela qu'elles sont nations, et non provinces. « Je regretterais, ajoute Ricardo, de voir ces sentiments s'affaiblir »^^. La théorie de la valeur et la théorie du commerce étranger reposent, on le voit,, chez Ricardo, sur deux principes psychologiques distincts, presque contradictoires. Pourquoi, cependant, Ricardo et ses disciples attachent-ils une égale importance aux deux théories, sans presque paraître apercevoir qu'elles se contredisent l'une l'autre? C'est qu'il y a, pour les propositions logiques, deux manières de s'accorder, par l'identité du principe dont elles dérivent (tel n'est pas ici le cas), ou par l'identité des conclusions auxquelles elles aboutissent. Une fraction toujours croissante du peuple anglais veut le libre-échange. A

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