THÉORIE DES ÉCHANGES ÉTRANGERS
ce besoin libre-échangiste répond, d'abord, la théorie suivant laquelle les intérêts de tous les hommes sont identiques, suivant laquelle l'humanité est une nation unique dont les nations sont les provinces. Mais, lorsque plusieurs provinces s'unissent pour former une nation, ne peut-il arriver que certaines se trouvent sacrifiées, en dépit de la prospérité générale? N'est-il pas à craindre que la même chose arrive, le jour où tomberont les barrières commerciales qui séparaient les nations? que l'industrie tout entière déserle les nations où le travail est cher, pour se porter dans celles où il est à bon marché? Suffira-t-il, pour rassurer les inquiétudes que ce déplacement de Tindustrie pourrait susciter, de démontrer qu'un jour (après combien d'années, ou de siècles?) le travail enchérira là où il est à vil prix aujourd'hui, et que l'équilibre du monde économique se rétablira, au bénéfice des nations temporairement sacrifiées? A ces inquiétudes répond, d'une façon beaucoup plus directe, la théorie nouvelle, et contradictoire avec la précédente, du commerce étranger, suivant laquelle les valeurs internationales sont gouvernées par une autre loi que les valeurs interprovinciales, suivant laquelle, en d'autres termes, l'humanité n'est pas une grande nation dont les nations sont les provinces. Il y a une vraie logique, pour laquelle le principe justifie les conséquences ; il y a une fausse logique, la logique des hommes d'action et de parti, pour laquelle la fin justifie les moyens.
Qu'il est possible, conformément aux principes de la science des richesses, d'établir, par le libre-écha/ige universel, un cosmopolitisme commercial, et que le principe de l'identité spontanée des intérêts de tous les hommes est le vrai : voilà en quels termes peut se résumer la partie statique de l'économie politique de Ricardo. Si, d'ailleurs, la théorie de la valeur sur laquelle se fonde cette statique économique appelle des réserves, ou bien ces réserves sont assez peu importantes pour pouvoir être négligées par l'économiste qui considère l'ensemble de la production et fait porter ses observations sur des laps de temps suffisamment prolongés, ou bien ces réserves sont de nature à renforcer encore les arguments favorables, en Angleterre, à la politique du libre-échange. Mais voici qu'il convient d'apporter à la théorie de la valeur une nouvelle restriction logique, plus grave que toutes les restrictions précédentes. Lorsqu'une certaine quantité d'objets, identiques par leur nature et leur utilité, est jetée sur le marché, tous ces objets se vendent au même prix. Pour que la loi de la valeur trouvât ici son application, il faudrait que la production de chacun de ces objets, dont la valeur marchande est la même, eût coûté la même quantité de travail. Mais c'est l'inverse qui se produit, et il faut dire que la valeur de chacun est réglée, non par ce qu'il en a coûté pour le produire, mais « par les difficultés réelles qu'a rencontrées le producteur le moins favorisé », « par le coût de production pour ceux, parmi les producteurs, qui étaient les moins favorisés » ^*.