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LE PLAISIR ET LA DOULEUR

si les phénomènes de l'ordre intellectuel et les phénomène de Tordre actif se ressemblent en ceci qu'une même loi les régit les uns et les autres, par où diffèrent-ils cependant? Il y a, entre nos sensations, nous dit James Mill, une différence importante. Quelques-unes, et ce sont probablement les plus nombreuses, sont, pour employer l'expression courante, € indifférentes » : elles ne sont ni agréables ni pénibles. Mais des sensations très nombreuses sont les unes agréables, les autres pénibles; et la philosophie de l'action étudie précisément les sensations en tant qu'agréables et pénibles. Étant donnés, d'une part, le caractère agréable ou pénible des sensations, et d'autre part, le principe d'association, James Mill se propose d'expliquer les phénomènes les plus complexes de l'activité humaine". On se souvient quelle valeur singulière Bentham attribuait au principe d'utilité. Considéré comme une maxime d'action, il signifiait qu'il faut viser au plus grand bonheur du plus grand nombre ; considéré comme l'énoncé d'un fait général, il signifiait que tous les hommes naturellement tendent au plaisir et fuient la peine. U peut donc, selon qu'on lui donne la forme impérative ou la forme indicative, être tenu pour un précepte moral ou pour une loi de la nature humaine : si on l'entend au second sens, lanalyse de James Mill peut être définie un essai de développement du principe de l'utilité à laide du principe de l'association.

Cest ici que se fait sentir la différence des préoccupations qui animent Bentham et James Mill ; c'est ici

que se fait sentir la supériorité philosophique de James Mill, et que se définit le rôle joué par lui dans l'élaboration de la doctrine. Sans doute Bentham a lu le livre de Hartley, et adhéré à la doctrine de lassocialion. Sans doute, il y a dans 1' « Introduction » des tentatives pour fonder la morale et la législation sur des considérations de psychologie théorique. Mais Bentham est trop impatient d'atteindre, à travers la théorie, l'application pratique. Le but auquel il vise, c'est de proportionner la gravité des peines à la gravité des délits, de classer les peines et de classer les délits dans l'ordre de leur gravité; et, par suite, toutes ses recherches de philosophie juridique aboutissent à de pures et simples classifications. James Mill procède autrement. Sans doute, il reprend les classifications dichotomiques de son maître, et les innovations terminologiques qui en sont, chez Bentham, inséparables. Mais c'est pour les simplifier ; et s'il peut les simplifier, c'est parce que, plus philosophe que Bentham, il ne voit dans la classification qu'un commencement d'explication, et dans les diverses classes mises par Bentham les unes à côté des autres sur un même plan, que les complications successives d'éléments primitifs, régis par une loi simple. Pour Bentham, qui reste un juriste même quand il philosophe, analyser c'est énumérer et distinguer ; pour James Mill, chez qui le souci de l'application pratique n'est qu'un stimulant des facultés philosophiques, analyser c'est décomposer en éléments et réduire à des principes, de manière à rendre ensuite

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