BENTHAM ET JAMES MILL
possible la synthèse du phénomène considéré. Des exemples feront mieux comprendre quelle est, entre le maître et le disciple, la différence des points de vue.
Bentham, dans son « Introduction », James Mill, dans son € Analyse », consacrent un chapitre au problème de rintention **. Le problème, pour Bentham, est de savoir dans quelle mesure le caractère intentionnel ou nonintentionnel d'un acte délictueux constitue ou non une circonstance atténuante du délit et, par suite, de la peine. En vue de résoudre le problème, il analyse l'idée d*intention : mais son analyse consiste purement et simplement dans une classification des espèces de l!intention. Une fois 1q u champ logique » dont il se proposait Tétude épuisé par l'application de la méthode dichoto^ mique, il reste à voir dans quels cas et en quel sens on peut parler d'une intention bonne ou mauvaise, alors que les conséquences sont reconnues comme faisant seules la valeur, bonne ou mauvaise, des actions. — Pour James Mill, le problème de l'intention est tout autre : James Mill commence en quelque sorte ses investigations là où Bentham arrêtait les siennes. Bentham cherchait à définir l'intention afin d'établir une pro<« portion rationnelle entre les délits et les peines. James Mill cherche à la définir afin de trouver dans cette définition une justification de sa philosophie générale, et de résoudre ce phénomène, qui paraît indécomposable, en idées simples, régies par la loi de l'association. C'est, nous dit-il, une illusion du langage, née de l'emploi du verbe < actif» to intendy intenderey qui attribue au
phénomèDe de TintentioD une efficacité mystérieuse, une influence sur Tacte et ses conséquences. L'« intention » diffère du « vouloir » en ceci seulement qu'elle porte sur un acte futur, et non pas immédiat ; elle consiste dans Tanticipation d'un événement futur, considéré comme résultant de nos actes, dans la croyance qu'un phénomène aura lieu, et aura pour cause une de nos actions. Si l'intention exerce une influence sur la production de l'acte, c'est d'une manière indirecte seulement, et parce que la croyance plus forte à la réalité future de l'événement tend à renforcer le motif: c'est ainsi qu'un serment, simple déclaration verbale d'une intention, tend à lier l'agent d'une manière indirecte, parce qu'elle renforce le motif. Afin de fonder la législation comme science, tout ramener à la connaissance objective des conséquences des actes, voilà la préoccupation de Bentham. Afin de fonder la législation comme science, fonder d'abord la psychologie comme science, et, pour cela, détruire l'illusion de l'activité psychique, entendue comme un pouvoir irréductible doué d'une efficacité mystérieuse, tout réduire à des relations constantes et en quelque sorte mécaniques entre des éléments aussi simples que possible, voilà la préoccupation, toute nouvelle, de James Mill. Il va plus loin et plus profondément que Bentham.
Mais la différence est plus frappante encore si l'on compare, chez Bentham et chez James Mill, la théorie des motifs. James Mill adopte la terminologie de Bentham; mais aux interminables «tables des matières»