‹ La formation du radicalisme philosophiqueChapitre 113 sur 239 · BENTHÂM. THÉORIE DES MOTIFS · texte numérisé non relu

BENTHÂM. THÉORIE DES MOTIFS

de son maître il substitue des tentatives d'analyse proprement dite, réduisant le complexe au simple, et se considérant, dès lors, comme autorisé à négliger bien des détails que la minutie de Bentham avait cru ne pas devoir omettre, et dont Tinsignifiance se trouve mise en lumière par l'analyse de James Mill.

On appelle motif, selon Bentham, a tout ce qui peut contribuer, soit à donner «laissance, soit à faire obstacle à un genre quelconque d'action ». Les motifs peuvent être ou spéculatifs ou pratiques, agir ou sur l'intelligence ou sur la volonté. Pour considérer seulement les motifs pratiques, Bentham entend par là « tout ce qui, en influant sur la volonté d'un être sensible, sert, par hypothèse, de moyen pour le déterminer à agir ou à s'abstenir volontairement d'agir dans une occasion quelconque ». Le motif pratique lui-même peut être entendu soit au sens littéral, soit au sens figuré. Au sens littéral, c'est un événement qui, existant réellement, donne naissance à l'acte. Au sens figuré, c'est une € entité fictive », une passion, une affection de l'esprit considérée comme agissant sur l'esprit et l'inclinant dans un sens déterminé : telles l'avarice, l'indolence, la bienveillance. Considère- t-on les motifs entendus au sens littéral, encore faut-il distinguer entre le motif interne et le motif externe. Le motif interne, c'est l'événement envisagé comme consistant dans « la perception interne d'une somme individuelle de plaisir et de peine, dont l'attente est capable de nous déterminer à agir de telle ou telle manière». Le motif

-externe, c'est « l'événement externe dont Tapparition est regardée comme tendant à amener la perception d'un état déterminé de plaisir ou de peine ». Le motif interne, étant par définition « un plaisir, une peine ou un autre événement qui stimule à l'action », doit être en un sens antérieur à l'action : c'est ce que Benlham appelle le motif « en existence ». Mais puis- <]ue l'individu, pour agir,* doit prévoir l'apparition d'un plaisir ou la suppression d'une peine comme un -événement futur, conséquence d'un acte à venir, ce plaisir-là, postérieur à l'action, constitue ce que Benlham appelle le motif « en perspective » *'. Bentham, une fois ces distinctions opérées, passe à la question morale et juridique qui le préoccupe toujours, et se demande si le motif peut conférer une valeur à l'acte qu'il inspire. Or, sans doute, ce sont les conséquences de l'acte qui le font bon ou mauvais, et les consé- <iuences d'un même motif peuvent être, selon les cir- <îonslances, bonnes ou mauvaises. On peut admettre cependant qu'en moyenne les conséquences de tel motif <léterminé sont meilleures que celles de tel autre motif. Un motif habituel, qui peut être qualifié bon ou mauvais en général, c'est ce que Bentham appelle une « disposition » : ft sorte d'entité fictive, nous dit-il, imaginée pour la commodité du discours, en vue d'exprimer ce <\\}\ est supposé être permanent dans la tournure d'esprit d'un homme, là où, en telle ou telle circonstance, il a été amené, par l'inQuence de tel ou lel motif, à entreprendre un acte qui présen-

Page 1