‹ La formation du radicalisme philosophiqueChapitre 114 sur 239 · BENTHAM. CLASSIFICATION DES MOTIFS · texte numérisé non relu

BENTHAM. CLASSIFICATION DES MOTIFS

tait, à son opinion, telle ou telle tendance déterminée » **.

Dans un ouvrage qu'il intitule: « Table des Ressorts de l'Action » , par une image empruntée à la mécanique proprement dite pour exprimer les phénomènes de la dynamique morale, et que James Mill, en 1813, revise et prépare pour l'impression, Bentham complique encore sa terminologie par des emprunts qui semblent faits à la psychologie de Locke. Il distingue les désirs et les aversions, les besoins, les espérances et les craintes, enQn les motifs. Mais les définitions sont incertaines. Là où Bentham ne trouve pas moyen de définir u par le genre et la différence spécifique », il recourt à la définition «par paraphrase», c'est-à-dire par une série de synonymes approximatifs *^, mais ne paraît pas avoir l'idée d'une définition génétique, ou par voie de construction, que la psychologie de l'association aurait pu lui suggérer. D'où la confusion de sa terminologie. « Entre les idées respectivement désignées par les mots intérêt, motif, espoir, crainte, bien, mal, plaisir et peine, la connexion, nous dit-il, est inséparable. Sans motif il n'y a pas d'intérêt; sans espoir ou sans crainte il n'y a pas de motif; sans plaisir ou sans peine il n'y a pas dé bien ni de mal. — Aux différentes ^espèces d'intérêt correspondent donc autant d'espèces ou de modifications des motifs, des espérances et des craintes, du bien et du mal, du plaisir et de la peine »" . Mais ces connexions dont il affirme la réalité, Bentham ne les définit pas. C'est chez James Mill que

les noms distingués par Bentham servent à désigner les degrés successifs de complication des phénomènes psychologiques, et que nous nous trouvons posséder, au lieu d'une table des matières, un tableau généalogique des faits dont nous nous étions proposé Tétude.

Bentham avait déploré que la pauvreté du langage obligeât d'appeler indistinctement motifs deux faits d'ordre très différent: un événement réel, donnant par hypothèse naissance à l'acte; une « entité fictive », un être idéal, passion ou affection, inclinant par hypothèse l'esprit humain à prendre telle ou telle direction déterminée, sous l'action de l'événement réel. Parmi les événements réels, d'ailleurs, qui sont des motifs au premier sens du mot, tous ne le sont pas au même degré de proximité : le seul qui mérite strictement le nom de « ressort de l'action », le seul qui agisse au contact immédiat, c'est le motif intérieur qui consiste dans l'attente de l'événement futur devant résulter de l'action : la peine ou le malaise que je ressens, par exemple, à l'idée d'être brûlé *'. Cette distinction entre le sens littéral et le sens figuré du mot motif a peutêtre été le point de départ des réflexions de James Mill sur cette question. Mais il trouve deux mots pour désigner les deux idées. 11 découvre dans la seconde, des distinctions non aperçues par Bentham. Enfin et — surtout, il définit ces différentes formes de l'activité^ comme autant de formes dérivées d'une forme primitive, selon la loi de l'association des idées.

L'attente de l'événement futur, le « sentiment de

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