BENTHAM. THÉORIE DE LA SYMPATHIE
sympathie et d'antipathie : c'est Stuart Mill, son éditeur, qui, dans une note, complète Bentham sur ce point, et explique la genèse du sentiment de justice par un raisonnement égoïste que des associations innombrables ont confirmé sans cesse au cours de l'histoire^^. Bien plus, aux quatre sanctions, politique, morale , physique et religieuse, antérieurement distinguées par lui, Bentham en ajoute maintenant une quatrième, qu'il appelle la sanction sympathique ^^
Cependant, malgré cette accumulation de textes qui sgmhlft cQntredirft k l'avance notre thèse, nous croyons que l'explication de tous les phénomènes de notre vie mentale par l'égoïsme tend, d'une manière constante, à prédominer dans le système de Bentham ; nous croyons que James Mill, en donnant à la morale utilitaire une définition rigoureusement égoïste, ne fait que continuer Ja^courbe suivie depuis bien des années par 3a pensée de son maître^
Considérons d'abord, que, faisant l'expérience quotidienne de l'égoïsme et de la méchanceté des hommes, déçu, berné, ruiné, Bentham s'aigrit, devient plus « satirique > en vieillissant et manque souvent à la vègle, posée piar lui-même, d'employer toujours des expressions « neutres * pour désigner les motifs qui dirigent les actions humaines. Il voit maintenant dans le r^ime corporatif un « artifice conscient » , un « plan arrêté pour opprimer et dépouiller le peuple », un ^ système immense et compliqué de procédés qui tendent '•jOus à la même fin, absolument naturelle mais cepen-
dant sinistre »^^ Déprédateurs chez qui les motife égoïstes sont plus forts que les motifs dissociaux, oppresseurs, chez qui Tinfluence des motifs dissociaux remporte sur celle des motifs égoïstes, les gouvernants sont toujours, par essence, les ennemis du peuple : jamais des motifs sociaux ne les inspirent. Bentham est même disposé à voir dans le « sentimentalisme », dajas Tattribution aux motifs d'une valeur morale intrinsèque, un stratagème aristocratique. Ce sont les classes gouvernantes qui ont fait le langage de la morale, et défini la pureté et l'impureté des ihotiEs de telle sorte que les rigueurs de la loi fussent autorisées contre les gouvernés, pendant que les gouvernants échapj paient à tout contrôle *°. Théorie absurde : car tous les hommes sont normalement égoïstes, et il dépend seulement des circonstances sociales où on tes place, que leur égoïsme tourne au détriment ou au profit de la collectivité. Bentham a beau reconnaître ailleurs l'existence de plaisirs et de motifs sociaux, il affirme cependant, avec une insistance croissante, la prédominance,, et même l'universalité de l'égoïsme. « L'égoïsme opèrias partout » : cette proposition prend maintenant, che^ Bentham, l'importance d'un principe. C'est le self— préférence principle^ dont il cherche des preuves, et qu'il veut appliquer à tout le système de la morale ". Mais des raisons plus profondes entraînent Bentham ^^ à l'adoption du système égoïste, et auraient fait éà lui sans doute un adepte conscient de ce système, s'il avait pensé plus en philosophe et moins en philanthrope. D
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