CRITIQUE DE LA MORALITÉ INSTINCTIVE
au plus haut d^ré possible, et que les animaux inférieurs possèdent peut-être au plus haut degré » , devrat-on lui attribuer plus de valeur qu'aux « avantages extérieurs qui ont pour cause la vertu paternelle, le labeur dur et persévérant par lequel Thomme pourvoit aux besoins de son enfant, Tétude perpétuelle à laquelle il se livre de son bonheur futur, le soin avec lequel il surveille les mouvements de son àme et s'efforce de lui communiquer les habitudes les plus aptes à faire de sa vie une source de bonheur pour lui-môme et pour les autres » ^^ ? Il ne suffit pas, aux yeux des Benthamites, pour que des actes présentent le caractère d'actes moraux^ gue ces actes aient des conséquences utiles pqurji'indiyidu et Ijespèce ; il faut qu'ils soient, par-dessus le marché» accompagnés de conscience et d'intention ; et les théories juridiques et économiques des utilitaires nous fournissent encore la raison de cette exigence. — C'est une théorie de Bentham que le juge, lorsqu'il porte une sentence, doit négliger les mobiles, mais tenir compte du caractère intentionnel de l'acte et de la conscience de l'agent: ou bien comment pourraiton compter sur la peine pour produire un efifet d'intimidation ? James Mill transporte la théorie juridique de Benthàfn dans sa morale, et ne conçoit pas que l'on paisse attribuer de valeur morale à un acte dont l'auteur ne serait pas, le cas échéant, passible d'une peine l^ale, responsable devant un magistrat ^^ — En économie politique, d'autre part, Bentham et ses disciples constatent sans doute que le genre humain obéit à des
lois dont la régularité ressemble singulièrement à la régularité de l'instinct. Mais le mécanisme qui adapte l'offre à la demande avec une admirable sûreté, est en réalité, à leurs yeux, le résultat d'une foule de petites actions conscientes: l'échange, que Téconomiste ricardien choisit pour type de la relation sociale, met en présence, par définition, deux individus conscients et raisonnables ^^ — De sorte qu'une fois de plus la stricte interprétation de la doctrine utilitaire nous laisse en face du problème initial : s'il faut que les individus agissent avec la conscience distincte des conséquences de leurs actes, pourquoi les individus, sachant d'ailleurs que les sentiments sympathiques ne sont en eux que des transformations de l'égoîsme, devraient-ils accomplir des actes dont ils savent seulement que les conséquences seront utiles à d'autres, et peut-être nuisibles à eux-mêmes?
La tâche du Déontologiste, nous dit Bentham, commence là où finit celle du législateur. Là où il devient impossible de combiner des lois qui identifient l'intérêt général, elle consiste à « rétirer, de l'obscurité où on les a enfouis, ces points de devoir dans lesquels la nature a associé les intérêts de l'individu à ses jouissances, dans lesquels son propre bien-être a été lié, combiné, identifié avec le bien-être d'autrui : sa tâche, en un mot, est de donner au motif social toute l'influence du motif personnel » ®*. Ainsi se trouve finalement résolu le problème.Le tort des moralistes de l'école utilitaire est d'avoir trop souvent laissé^croîre.