LA LOI DE LA RENTE FONCIERE
huit quarters^ achètera plus du double des objets qu'il pouvait acheter auparavant avec les quatorze quarters. Bref, le propriétaire foncier s'enrichit, en vertu d'une loi nécessaire, par le fait môme que la vie devient de plus en plus difficile au genre humain : a V intérêt du propriélaire foncier y disait textuellement Ricardo dans son opuscule de 1815, est toujours opposé à celui de toutes les autres classes de la collectivité; sa situation n'est jamais aussi prospère que lorsque la nourriture est rare et chère, à la différence de toutes les autres personnes qui ont grand intérêt à se nourrir à bon marché »^^.
Sans doute il convient, pour établir la loi d'accroissement de la rente foncière, d'opérer un certain nombre d'abstractions logiques préalables. Il faut supposer, en particulier, qu'aucun perfectionnement de l'industrie agricole n'a été réalisé : car le progrès de l'industrie humaine pourrait substituer, à la fertilité diminuante du sol, une sorte de fertilité artificielle et croissante, égaliser les inégalités naturelles des propriétés des terrains, et masquer l'opération de la loi en faisant baisser le prix des denrées nécessaires à la vie, aussi vite ou plus vite que les conditions physiques ne tendent à le faire hausser. Mais alors ces améliorations sont funestes aux propriétaires fonciers, tout au moins d'une façon temporaire*® et en attendant que la population soit redevenue surabondante, puisqu'elles font baisser la rente foncière. Il est de l'intérêt du propriétaire foncier que le coût de production du blé soit accru. Mais tel n'est pas l'intérêt du consommateur. Il a besoin que
le blé soit à bas prix par rapport à Targent et à tous les objets d'échange : car c'est avec ces objets ou avec de l'argent qu'il achète le blé. Tel n'est pas non plus l'intérêt du fabricant. Car la hausse du prix du blé entraine la hausse des salaires, sans entraîner la hausse du prix des objets qu'il fabrique et met en vente : non seulement donc il doit donner une quantité plus grande de ces objets en échange du blé que lui-même consomme, mais il doit encore dépenser plus en salaires. <t Toutes les classes, excepté les propriétaires fonciers, doivent souffrir de la hausse du prix du blé. Les relations du propriétaire foncier avec le public ne ressemblent pas aux rdations commerciales^ par où le vendeur et t acheteur peuvent être considérés comme faisant un bénéfice égal; la perte est tout entière d'un côté et le bénéfice tout entier de l'autre »*' . Voici le moment où apparaît l'aspect nouveau de l'économie politique de Ricardo. « Vous voyez dans l'économie politique, écrit Ricardo à Malthus, une enquête sur la nature et les causes de la richesse ; je crois qu'il faudrait plutôt la définir une enquête sur les lois qui déterminent la division du produit de l'industrie entre les classes qui concourent à le former » *^ Or la loi d'évolution de la rente foncière est le fondement de l'économie politique ainsi définie, et cela dans la mesure même où elle est le principe d'une divergence entre certains intérêts de «classe ». Car il nous faut maintenant considérer, dans la société, non pas seulement des individus échangeant librement les uns contre les autres le produit de leur travail, mais des