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LA LOI DES SALAIRES

classes; et ces classes ne sont pas l'œuvre des gouvernements qui dressent les uns contre les autres des intérêts naturellement identiques, elles sont l'œuvre des lois de la nature. C'est en se fondant sur la loi dynamique de la rente différentielle, et en étudiant la manière dont elle contribue à former les diverses « classes » économiques, que Ricardo remanie la théorie, ébauchée seulement par Adam Smith , de la distribution des richesses et de l'incidence de l'impôt.

Ricardo reprend, en la modifiant, la loi des salaires qu'Adam Smith avait formulée. Ce qui était, chez Adam Smith, le minimum au-dessous duquel ne peut descendre le prix du travail, devient, chez Ricardo, le prix naturel du travail, au-dessous duquel les salaires ne peuvent s'abaisser d'une façon permanente, mais audessus duquel ils ne peuvent pas non plus s'élever, si ce n'est temporairement : ce « prix naturel du travail », c'est € le prix nécessaire pour permettre aux travailleurs, pris Tun dans l'autre, de subsister et de perpétuer leur espèce, sans accroissement ni diminution » ". Sans doute, il peut arriver que l'ouvrier profite d'un relèvement des salaires pour augmenter son confort au lieu d'assumer les responsabilités d'un chef de famille. Mais, a en pratique, si Ton en croit Ricardo, les délices de la vie de famille sont si grandes que l'amélioration de la condition du travailleur est invariablement suivie d'un accroissement de population » ". D'où une demande plus forte de nourriture, qui ne saurait, sur une terre dont la quantité est limitée et dont la qualité est médiocre,

être indéfiniment satisfaite : c'est ainsi que les salaires se trouvent, en dernière analyse, perpétuellement empêchés de hausser. Faut-il donc considérer le salaire comme une quantité constante, tandis que la rente foncière est une variable, dont la loi de variation est connue? Puisque c'est Taccroissement normal de la population qui ramène constamment le prix marchand du travail à son prix naturel, et puisque la loi de peuplement est, par excellence, une loi d'évolution, la première qui se soit introduite dans l'économie politique anglaise, n'est-il pas à présumer qu'il y aura une loi d'évolution des salaires, comme il y a une loi d'évolution de la rente foncière? En fait, avec le progrès naturel de la société, le prix naturel du travail a toujours une tendance à hausser. Mais il faut faire attention que cette hausse des salaires a pour cause la hausse du prix du blé et des objets de première nécessité, due à l'accroissement de la population et à la difficulté croissante de produire les denrées agricoles. Si les salaires, évalués en argent, subissaient un mouvement de baisse, pendant que tous les objets qu'ils servent à acheter coûtent plus cher, le travailleur se trouverait deux fois affecté, et bientôt ne pourrait plus vivre. On aperçoit donc, entre la hausse des salaires et la hausse de la rente foncière, quelle est la différence essentielle. Ce n'est pas seulement lorsqu'on l'évalue en argent, c'est encore lorsqu'on l'évalue en blé, que la rente foncière est accrue. Le propriétaire foncier reçoit plus de blé, et chaque portion définie de ce blé s'échange

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