LA LOI DES PROFITS
contre une quantité plus grande de toutes les marchandises dont la valeur n'a pas varié. Le sort du travailleur est moins heureux : il reçoit des salaires plus forts si on les évalue en argent, et moins forts si on les évalue en blé. < Pendant que le prix du blé hausse de dix pour cent, la hausse des salaires est plus petite, la hausse de la rente foncière est plus grande : la condition du travailleur est en général déclinante, celle du propriétaire est toujours en voie d'amélioration » *^. Il y a baisse réelle, hausse seulement apparente et nominale, des salaires; et la divergence d'intérêts, entre la classe des ouvriers salariés et celle des propriétaires fonciers, se trouve maintenant définie par une loi.
Après avoir déterminé la loi à laquelle obéit l'évolution de la rente foncière et des salaires, il reste à définir la nature et l'évolution du profit. Car il est légitime que le travailleur puisse faire, du produit de son travail, l'emploi qu'il désire, et puisse notamment, s'il le veut, en tirer un profit ou des intérêts. Il est d'ailleurs utile, pour la société tout entière, que le travailleur, au lieu de consommer improductivement le fruit de son travail, l'emploie, sous forme de salaires ou de machines, à augmenter la production : il convient donc que le capitaliste soit rémunéré, en raison directe du temps pendant lequel il s'abstient de dépenser improductivement son capital. Mais quelle loi va définir le taux du profit et de l'intérêt, la quantité du produit annuel du travail destinée à échoir au capitaliste? Sur cette terre ou sur cette portion du produit de l'industrie
humaine qui ne paie pas de rente, la valeur se décompose tout entière en profit et en salaire : donc , si le salaire hausse, le profit baisse; inversement, si le profit hausse, le salaire baisse ^^. De cette loi de variation inverse des profits et des salaires, ne résulte-t-il pas une nouvelle diverçence des intérêts économiques, entre la classe des C84)italistes et la classe des travailleurs ?
C'est en ce sens que des économistes plus démocrates et plus égalitaires vont incliner bientôt la théorie, rendue classique par Ricardo, de la distribution des richesses. Hopkins, en 1822 *^ considère les capitalistes et les travailleurs comme constituant «c deux classes dont les intérêts immédiats sont en opposition directe » ; car « le parti qui fait l'avance des fonds représente les capitalistes, dont c'est l'intérêt immédiat d'obtenir un profit aussi élevé que possible, et le parti auquel l'avance est faite représente la partie de la société qui travaille, qui ne possède pas de capital, et dont c'est l'intérêt immédiat qu'un profit aussi bas que possible aille rémunérer les fonds avancés » . C'est cependant encore sur le privilège de la rente foncière qu'il insiste avec le plus de ténacité ; il n'en est plus de même, deux et trois ans plus tard, de Thompson et de Hodgskin, l'un et l'autre des utilitaires, Thompson, correspondant de Bentham*^, Hodgskin, un ami et un protégé de Francis Place *•. Ils négligent la diverçence d'intérêts que Ricardo avait signalée entre la classe des propriétaires fonciers et les autres classes de la société; mais ils empruntent, l'un et l'autre, à Ricardo, la définition du salaire naturel