PROFITS ET SALAIRES
et la loi de la variation inverse des profits et des salaires : d'où ils concluent, très logiquement, à l'incohérence du régime capitaliste ^^ — C'est dans le même sens que Robert Owen, avant la publication du grand livre de Ricardo, avait essayé de montrer comment l'introduction des machines fausse le mécanisme de la distribution des richesses. Les machines font concurrence aux ouvriers, réduisent, à productivité égale, le nombre des travailleurs nécessaires, et, à nombre égal de bras employés, le niveau des salaires. Les fabricants prennent rhabitude de produire pour des marchés étrangers, qu'ils supposent indéfiniment extensibles, des produits qu'ils savent ne pouvoir pas être absorbés par leurs ouvriers, mal payés et mourant de faim. Théorie diamétralement opposée à la théorie optimiste des « débouchés », inventée par J.-B. Say, popularisée en Angleterre par James Mill, suivant laquelle toute production crée sa demande, et suivant laquelle, en conséquence, les progrès du machinisme ne peuvent jamais avoir que des efiTets universellement et immédiatement bienfaisants. Voici pourtant que Ricardo, dans la troisième édition de son livre ^S va faire place à une théorie où l'on reconnaît, sous une forme très modifiée, la théorie de Robert Owen. Supposez qu'un capitaliste, à la fois fermier et manufacturier, sur un capital de 20-000 livres, affecte au paiement de ses travailleurs un capital circulant de 13.000 livres, et tire de son industrie, à la fin de l'année, un revenu de 2.000 livres : son revenu brut est égal à lo.OOO livres, son revenu
net à 2.000 livres. Supposez que, l'année suivante, il emploie 13.000 livres, pour une moitié, à la production des mêmes objets que la première année, et, pour une autre moitié, à la production d'une machine. La valeur totale du produit sera encore de 15.000 livres; le revenu net du capitaliste sera toujours de 2.000 livres ; mais le revenu brut sera retombé de 15.000 livres à 7.500 livres; et, la troisième année, il ne restera plus au capitaliste que 5.500 livres, pour mettre des ouvriers au travail. Peu importe au capitaliste, mais on voit combien il importe aux travailleurs. C'est une vérité « aussi démontrable que n'importe quelle vérité géométrique » ^^ ; et l'hostilité dont la classe laborieuse témoigne contre les machines est fondée non sur « le préjugé et l'erreur », mais sur « les vrais principes de l'économie politique » ^^ Sans doute Ricardo semble disposé à croire que l'abaissement de la valeur du produit des machines, et la facilité accrue qui en résulterait, pour le manufacturier, de transformer son revenu en capital, finirait, à la longue, par assurer du travail à un nombre plus grand d'ouvriers^*. La crise momentanée aurait donc un dénouement normal ; elle serait un de ces accidents que la statique économique néglige systématiquement de prendre en considération. Mais, d'autre part, Ricardo insiste sur ce point, que c'est un accident qui doit tendre à se reproduire d'une manière permanente, sous l'action de la loi dynamique de population. A mesure que la population augmente, les denrées alimentaires subissent une hausse, parce