PROFITS ET SALAIRES
qu'elles deviennent, sur la dernière terre mise en exploitation, plus difficiles à produire. D'où une hausse correspondante des salaires. D'où enfin une tendance du capital à prendre la forme de machines et de capital fixe. « Entre les machines et le travail, la concurrence est constante » ^^.
Ainsi, la loi suivant laquelle les profits et les salaires varient en sens inverse semble constituer, entre la classe des capitalistes et la classe des salariés, une diverçence naturelle d'intérêls ; Ricardo reconnaît luimême que la tendance constante des capitaux à prendre la forme de capitaux fixes met en rivalité le patron et Touvrier, la machine et le travail. Il est certain, néanmoins, que Ricardo n'a jamais considéré l'accumulation des profits comme la cause essentielle de la diminution des salaires ; et la raison de ce fait se rencontre encore dans la partie dynamique de sa philosophie économique, car Ricardo considère les profits comme soumis à une loi d'évolution, qui est une loi de décroissance constante. La baisse des profits dans une société progressive avait été constatée déjà depuis longtemps par les économistes ; mais Adam Smith avait tort de vouloir l'expliquer par l'accumulation même des profits, par l'augmentation de l'offre des capitaux. De même que le capital augmente, la demande du capital augmente exactement dans les mêmes proportions. J.-B. Say et James Miil l'ont démontré : toute offre constitue une demande ^^ C'est de la loi de la rente différentielle et delà loi des salaires combinées,
c'est-à-dire, en dernière instance, de la loi de population, que dérive, selon Ricardo, la loi d'évolution des profits. Puisque le prélèvement de la rente foncière égalise, sur tous les fonds de terres cultivés, la part de la valeur du produit que se partagent le capitaliste et le travailleur, et puisque, d'autre part, avec l'accroissement de la population et le recours à des terres moins fertiles, le prix des denrées nécessaires à la subsistance humaine augmente sans cesse, il est nécessaire que le prix naturel du travail augmente dans la même proportion, et, par suite, que la part du capitaliste diminue constamment^^. La part de la valeur du produit est toujours décroissante ; le taux du produit décroît selon une progression plus rapide encore ; enfin l'accumulation du capital ne peut compenser, passé un certain point, cette double diminution, et la quantité totale des profits reçus par les capitalistes diminue elle-même. On conçoit, idéalement, que la valeur naturelle du travail doive finir par absorber tout ce qui, du produit annuel de l'industrie, n'est pas prélevé par le propriétaire foncier; mais, bien avant que cette limite idéale soit atteinte, la société s'arrêtera, dans son progrès naturel, à un état de choses où le taux des profits sera tellement bas qu'il empêchera toute accumulation, et où presque tout le produit du paySj après paiement des travailleurs, sera la propriété des possesseurs du sol, et des collecteurs de dîmes et d'impôts ^^. Ce n'est donc pas l'industriel, c'est le propriétaire foncier qui s'enrichit de la misère du travailleur; et l'industriel s'ap-