‹ La formation du radicalisme philosophiqueChapitre 19 sur 239 · RENTE, PROFITS, SALAIRES · texte numérisé non relu

RENTE, PROFITS, SALAIRES

pamrrit pour la même cause qui fait la richesse du propriétaire. L'évolution régulière, la « variation permanente » ** des profits est aussi nécessaire, nous dit Rieardo, que la gravitation des corps célestes*^. La métaphore n'est peut-être point parfaitement appropriée : car la loi de gravitation est une loi statique, dont il faudrait rapprocher plutôt la tendance du jH'ix marchand à se confondre avec le prix naturel. La loi des profits, au contraire, est une loi dynamique : si Ton voulait, pour en rendre sensible le caractère nécessaire ou « naturel » , emprunter une métaphore au d<»naine des sciences physiques, on pourrait la comparer aujourd'hui, avec plus d'exactitude, à la loi de l'entropie, ou de la diminution de l'énergie.

Quelques mois avant d'achever ses « Principes », Rieardo se trouve arrêté par une difficulté imprévue**. 11 constate que la théorie de la distribution des richesses réagit sur la théorie de la valeur en échange ; il apporte, en conséquence, à cette théorie, les modifications nécessaires. Ce point particulier de la doctrine de Rieardo est particulièrement instructif, si l'on veut comprendre comment il conçoit que s'opère la distribubation des richesses entre le propriétaire foncier et le capitaliste, après que le travailleur a reçu son salaire.

Les marchandises possèdent dans l'échange des valeurs proportionnelles aux quantités de travail qu'elles ont coûtées respectivement. Mais la production économique suppose, en règle générale, la coopération d'un travail et d'un capital ; et le capital engagé dans la

production peut posséder, selon les cas, les propriétés d'un capital « fixe » et d'un capital c circulant », se dégrader plus ou moins rapidement, demander à être plus ou moins souvent reconstitué, bref présenter des caractères très variés de « durabilité » **• Dans tous les cas où les hommes n'emploient pas de capital fixe, dans tous les cas encore où les hommes emploient des capitaux fixes de même valeur et de même durabilité, il est rigoureusement vrai de dire que la valeur en échange est proportionnelle à la quantité de travail dépensée. Mais il n'en est plus de môme lorsque les producteurs, dans diverses branches de la production, emploient des proportions différentes de capital fixe, ou, si l'on veut, des capitaux de durabilité différente. Un fermier et un manufacturier emploient respectivement cent hommes, le fermier à produire du blé, le manufacturier à fabriquer une machine : le blé et la machine, produits d'une même quantité de travail, auront, au bout de l'année, la même valeur. La seconde année, le fermier emploie encore cent hommes à produire du blé, le manufacturier emploie cent hommes à fabriquer du drap avec la machine. Il faudrait, pour que la loi de la valeur fût vraie, que la valeur du drap, produit du travail de cent hommes employés pendant deux ans, fût double de la valeur du blé, produit du travail de cent hommes pendant un an. En réalité, elle sera un peu supérieure : car le fermier a commencé sa deuxième campagne avec le même capital que la première année, le manufacturier, au contraire, a ajouté à

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