‹ La formation du radicalisme philosophiqueChapitre 27 sur 239 · THEORIE MALTHUSIENNE DE LA VALEUR · texte numérisé non relu

THEORIE MALTHUSIENNE DE LA VALEUR

est augmenté ou diminué, par une immigration ou par une émigration subite, par un accroissement du nombre des naissances ou par une épidémie, la valeur du travail ne sera-t-elle pas changée ^^? — Pour un temps sans doute ; mais, si Ton se place au point de vue de Ricardo, ces fluctuations temporaires n'empêchent pas une loi constante de ramener le salaire à son niveau inférieur et normal. — Mais, objecte encore Ricardo, si, deux pays étant également habiles et industrieux, les habitants de l'un vivent de pommes de terre, et les habitants de l'autre de pain, et si un individu envoie une barrique de vin du pays à pommes de terre où elle coûte cent livres sterling au pays à blé où elle coûte cent dix livres, dirons-nous que le vin coûte plus cher dans le pays exportateur que dans le pays importateur, sous prétexte que dans le premier il commanderait plus de travail ? — Assurément non ; mais l'exemple choisi par Ricardo implique que le salaire naturel est, d'une façon permanente, différent dans les deux pays : ce qui contredit le principe de l'égalité des salaires. Rref, si l'on admet que la quantité de travail simple dont un individu est capable est une quantité fixe, dont les diverses espèces de travail qualifié soient les multiples, si d'ailleurs on admet que cette quantité fixe de travail s'achète avec une quantité mmtma^ également fixe, de subsistances, alors il semble bien que l'unité choisie par Malthus puisse servir de mesure aux valeurs, dans le régime capitaliste. Les valeurs ne sont plus considérées alors, abstraitement,

comme s'échangeani les unes contre les autres, selon la quantité de travail qui s'y trouve incorporée, mais par rapport aux individus qui, dans la distribution actuelle des richesses, ont la faculté d'en disposer : la valeur d'une chose se mesure par le nombre d'hommes qu'elle permet à Fhomme possesseur de cette chose de mettre au travail pour son compte. La théorie malthusienne de la valeur implique la séparation du capitaliste et du salarié, et le pouvoir du premier sur le second : en vertu des lois dynamiques de la distribution, sur lesquelles, au fond, Ricardo et Malthus sont d'accord, le monde économique n'est-il pas un monde où le travail est une marchandise, et celle de toutes les marchandises dont la valeur varie le moins ? La théorie malthusienne de la valeur contient, à l'état latent, la théorie marxiste de la force de travail, comme la loi des salaires, chez Ricardo, est l'énoncé presque explicite de la c loi d'airain » de Lassalle. Elle met en saillie le caractère désharmonique du monde économique.

Déjà Thomas Hodgskin, avant 1820, dans des lettres privées, adressées à Francis Place le Benthamite, avait aperçu le caractère équivoque de la théorie qui proportionne, en deux sens distincts, la valeur à la quantité de travail, et les conséquences qui en devaient être tirées, au point de vue de la condition économique de la classe laborieuse. Mais les disciples de Ricardo négligent ses observations, comme ils négligent les critiques de Malthus : car une sorte d'instinct les porte à

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