‹ La formation du radicalisme philosophiqueChapitre 28 sur 239 · EMBARRAS DE RICARDO · texte numérisé non relu

EMBARRAS DE RICARDO

séparer toujours, dans leurs expositions, la théorie de réchange et la théorie de la distribution des richesses, afin de conserver au monde de réchange l'aspect d'un univers statique, équilibré et harmonique. On doute cependant que Malthus ait aperçu ces conséquences de sa théorie : d'où le caractère abstrait et scolastique de la polémique épistolaire qu'il soutient avec Ricardo. Ce qui ne veut pas dire, d'ailleurs, que Ricardo s*entête dans sa propre théorie. Il reconnaît que la théorie de la valeur est c hérissée de difficultés » ; il serait trop heureux si un de ses disciples réussissait c à établir une mesure de la valeur qui échappât aux objections soulevées jusqu*ici contre toutes les théories proposées ». S'il récrivait son chapitre sur la valeur, il assignerait maintenant à la valeur relative des marchandises deux causes au lieu d'une — la quantité de travail et le profit, variable avec la durée du capital ; encore est-ce pour ajouter aussitôt : c peut-être trouverais-je les difficultés presque aussi grandes à ce point de vue qu'à celui où je me suis placé » **. Cependant, la troisième édition des « Principes » porte à peine la trace de ces inquiétudes"; sans doute, avec plus de force que jamais, il insiste sur Texception, importante au point de vue logique, que comporte le principe ; il continue cependant à afifirmer que l'influence exercée sur la variation des prix par la variation des profits est relativement faible, €t que les effets de beaucoup les plus importants sont ceux que produisent les variations dans la quantité de travail requise pour la production". Nous sommes

arrivés au moment qù James Mill et MacGulloch deviennent les avocats attitrés du système de Ricardo et apportent à le défendre une ardeur dont Ricardo n'est plus capable. Torrens, en 1821, incorpore sa théorie de la valeur à un ouvrage complet sur « la production de la richesse » ^S et c'est James Mill qui se charge de répondre au nom de la nouvelle école.

Dans la société actuelle, répète Torrens, le véritable agent de la production, c'est le capitaliste : il ne dépense aucun travail, il avance un capital, dans l'attente que ce capital lui sera restitué tout entier, plus un accroissement dénommé profit. Ce capital, condition nécessaire de la production, se décompose d'ailleurs en machines, en matières brutes et en salaires ; mais, sur toutes ces fractions de son capital, le producteur exige le même taux de profit, tel que le fixe, sensiblement identique dans toutes les branches d'industrie, la concurrence des capitaux. Le capital primitivement avancé constitue le coût de production, ce que Torrens appelle, dans sa terminologie, la « valeur naturelle » du produit. La € valeur marchande » du produit est toujours supérieure à la « valeur naturelle », puisqu'elle est égale à la valeur naturelle, plus le profit ; mais les variations des deux valeurs, naturelle et marchande, sont toujours à peu près égales ^^ Par suite, la valeur naturelle est égale, et la valeur marchande proportionnelle, non à la quantité de travail qui a été dépensée, mais à la quantité de capital. Des capitaux égaux produisent des valeurs égales^*. — Mais que faut-il entendre par des capitaux

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