TORRENS. JAMES MILL
égaux? Des capitaux dont la valeur est égale, évidemment ; mais il faudrait mesurer cette valeur à son tour. Dira-t-on que des capitaux sont égaux, s'ils produisent des proûts égaux? On ne saurait le dire sans cercle vicieux, et, d'ailleurs, comment mesurer la valeur de ces profits, présumés ^ux? Dira-t-on que des capitaux sont égaux lorsqu'ils peuvent suffire à la subsistance d'un nombre égal d'ouvriers, lorsqu'ils valent, selon l'expression employée une fois par Torrens, le môme nombre de journées de travail ^' ? On les mesure donc par la quantité de travail, entendue au sens d'Adam Smith et de Malthus^^. Ou bien, avec Torrens qui emprunte l'expression à MacCulloch,son critique de 1818, appellera-t-on le capital , du « travail accumulé » *• ? C'est dire que deux capitaux sont égaux lorsqu'ils ont coûté, au moment de leur production originelle, la môme quantité de travail. N'est-ce pas se rapprocher alors, après un détour, de la théorie de Ricardo ?
C'est l'objection que James Mill présente à Torrens dans ses (( Éléments d'Économie Politique » ^^. Les ouvrages de Torrens et de James Mill paraissent, pour ainsi dire, en môme temps; mais, depuis plusieurs mois déjà, au € Club d'Économie Politique », Torrens oppose sa théorie à celle de Ricardo: ce sont visiblement les erreurs de Torrens que James Mill se propose de redresser ^*. Il consent à dire, avec Torrens, que le coût de production règle, dans l'échange, la valeur relative des marchandises; mais il fait observer que l'expression est obscure. La production suppose la coopération du capi-
tai et du travail. Ou bien donc la valeur comprend deux éléments irréductibles: capital et travail. C'était au fond la théorie de Ricardo, bien qu'il considérât le travail comme le facteur de beaucoup le plus important. Ou bien l'un des éléments se laisse réduire à l'autre. Sera-ce, maintenant, le travail qui se réduira au capital, comme le veut Torrens ? James Mill ne le pense pas. Car le premier capital a été produit par du travail pur, sans le concours d'un capital : c'est cette quantité de travail qui a déterminé sa valeur, et qui, indirectement, détermine la valeur des marchandises que ce capital a postérieurement contribué à produire : donc le capital se résout en travail.
— Mais le travail qui a produit le capital est un travail passé, « accumulé », selon la formule de Mac- Culloch et de Torrens, dans le capital actuel, machines, outils, matériaux et salaires. Donc, pendant que des ouvriers travailleraient à achever un produit, ce ne serait, en aucune manière, leur travail qui déterminerait la valeur du produit, mais seulement le travail antérieur d'autres ouvriers, nécessaire pour produire le capital qu'ils emploient ; et la théorie de la valeur, ainsi interprétée, exprimerait encore une désharmonie de la société économique, le pouvoir exercé par le travail passé sur les travailleurs actuels. — Oui, réplique James MilP*, si l'on comprend les salaires dans le capital, mais c'est ce que l'on ne saurait faire sans absurdité : si Ion considère le capital et le travail comme deux facteurs actuellement distincts de la production, c'est se