‹ La formation du radicalisme philosophiqueChapitre 31 sur 239 · INSISTANCE DE JAMES MILL · texte numérisé non relu

INSISTANCE DE JAMES MILL

qai retirent leurs capitaux de toute branche d'industrie où ils s'aperçoivent qucle profit est moindre qu'ailleurs? Mais alors on retombe dans la théorie équivoque de Torrens, que James Mill a voulu cependant réfuter. Au point de vue auquel se place Ricardo, s'il est vrai de dire qu'à chaque instant du temps des capitaux égaux donnent des profits ^ux, des capitaux ^aux n'en donnent pas moins, dans des temps différents, des profits inégaux, et il n'existe aucun rapport entre la variation de ces profits et la quantité de dépenses effectuées, soit en capital, soit en travail. Le stratagème, conscient ou inconscient, est toujours le môme : négliger, dans l'économie politique de Ricardo, la théorie de la distribution, parce que le propriétaire foncier et le capitaliste reçoivent, sur la valeur int^rale du produit, des parts qui ne sont proportionnées à aucune quantité de travail, et feindre que l'échange a lieu entre des travailleurs, maîtres du produit de leur travail, auxquels la théorie ricardienne de la valeur donne alors des valeurs ^es pour des quantités de travail égales.

James Mill est trop bon logicien, cependant, pour ne pas avoir conscience que les limitations apportées par Ricardo lui-même à sa propre théorie de la valeur sont sérieuses; pour faire en sorte que, cependant, la théorie reste sauve, il recourt à une distinction que de Quincey, autre disciple enthousiaste de Ricardo, vient de proposer *^. Ce n'est pas la même chose, disait de Quincey, de considérer le travail comme la cause et de le considérer comme la mesure de la valeur. Le travail, dira

James Mill dans le même sens ^^, ne mesure la valeur qu'en un sens purement « idéal » ; c régulateur » de la valeur, il ne peut servir pratiquement à la mesurer. D'abord, deux espèces de travail sont appliquées à la production, et le travail immédiat et le travail accumulé ne sont pas rémunérés au même taux; de là des variations dans la valeur des objets d'échange, qui dépendent de la répartition variable du produit entre les deux facteurs de la production. En second lieu, nous n'avons pas de moyens pratiques pour déterminer à l'avance la quantité exacte de travail accumulé qui concourt à la production, puisque la seule mesure que nous ayons de cette quantité, c'est le prix qu'elle atteint. Bref, la loi de la valeur en échange, avec les conséquences optimistes qu'elle entraine, se déduit a priori des c lois de la nature humaine » ; mais elle reste indéterminée autant qu'abstraite, incapable de vérification expérimentale. Tel n'était pas le caractère de la loi de gravitation, à laquelle les économistes empruntent leur métaphore favorite, lorsqu'ils veulent faire comprendre la nécessité et l'universalité des lois économiques.

Mais la distinction logique proposée par de Quincey et James Mill ne suffit pas encore à mettre la théorie de Ricardo à l'abri de la critique. Ricardo lui-même avait refusé d'y recourir *^ En 1825, dans une < dissertation critique sur la nature, les mesures et les causes de la valeur » *®, un économiste philosophe, Samuel Bailey, démontre que la quantité de travail ne peut être consi-

Page 1