RENTES, PROFITS, SALAIRES
semble que, sur ce point, James Mill accentue la thèse de Ricardo. Normalement, selon lui, et sauf exceptions, les salaires sont des salaires de misère ®' ; par définition la condition du travailleur salarié est une condition servile. Puisque, dans la langue de James Mill, le salaire est l'équivalent du travail, le capitaliste, qui possède le salaire, possède aussi le travail, au même titre que sMl employait non des salariés, mais des esclaves. « La seule différence est dans le mode d'achat », le propriétaire d'esclaves ayant acquis à titre perpétuel le travail de ses esclaves, tandis que le capitaliste ne possède qu'un mois, ou une semaine, ou toute autre durée limitée du travail de l'ouvrier qu'il salarie, c Dans l'état de société où nous existons actuellement, c'est en ces circonstances que presque toute la production s'effectue » **. Or, cet état de société est, selon James Mill, produit par les opérations des lois de la nature ; comment dire alors que, selon James Mill, la nature établit spontanément l'identité de tous les intérêts?
La divergence qui existe entre le taux d'accroissement de la population et celui du capital, James Mill ne se borne pas à la constater, il veut l'expliquer par ses causes ^^ Il ne reprend pas les démonstrations de Malthus, ni la formule mathématique des deux progressions arithmétique et géométrique. Malthus a fondé sa théorie sur des observations statistiques ; mais James Mill, fidèle à la méthode d'Adam Smith, condamne cette méthode à son gré trop empirique. Les statistiques, à supposer qu'elles fussent jamais exactes, nous rensei*
gneraient sur le fait pur et simple du taux d'accroissement de la population ; elles ne peuvent rien nous dire des causes qui expliquent cet accroissement; afin de connaître ces causes, il faut procéder déductivement, en prenant un petit nombre de faits bien vérifiés pour base assurée de notre raisonnement. James Mill prend pour point de départ les propriétés de la nature humaine, et en particulier les c faits qui concernent la constitution physiologique de la femme » . Il évalue à dix naissances la fécondité normale de la femme, réduit ce chiffre de moitié pour tenir compte des cas de stérilité et de mortalité enfantine; restent cinq enfants par couple. D'où la possibilité de montrer, par le calcul, que la population, au taux normal de son accroissement, doublerait en peu d'années. Mais la tendance du capital à s'accrottre est moins forte, et James Mill le démontre encore déductivement, en se fondant sur la connaissance de certaines lois de la nature : lois psychologiques qui gouvernent la disposition de rhomme à l'épargne ; lois physiques qui font progressivement plus élevé, à la surface du globe, le coût de production des denrées nécessaires à la vie. D'abord tout accroissement de capital a sa source dans l'épargne ; mais les c principes de la nature humaine » prouvent que la disposition à l'éparçne est très faible, dans presque toutes les situations économiques où peuvent être placés des êtres humains. Les pauvres n'ont pas la possibilité, les riches n'ont pas le désir d'épargner« Restent les hommes « de fortune aisée mais mode-