‹ La formation du radicalisme philosophiqueChapitre 36 sur 239 · LA LOI DE POPULATION · texte numérisé non relu

LA LOI DE POPULATION

pée > : ceux-là peuvent avoir le désir d'épargner, en vue de mettre un jour leurs enfants dans la même situation de fortune où eux-mêmes se trouvent placés. D'où la possibilité d'un certain accroissement de capital ; mais cet accroissement ne pourra être que modéré, comme la fortune possédée par les individus de la classe envisagée. Et voilà pourtant le cas le plus favorable à l'accumulation, si l'on convient de négliger le cas, tout à bit exceptionnel, où des hoqimes civilisés, transportés dans un pays désert, peuvent cultiver sans limites un sol appartenant à l'espèce la plus fertile. On peut démontrer d'une manière plus directe la même vérité, en faisant observer que la tendance de la population à s'accroître est une tendance égale en tous temps ; au contraire, à mesure que le capital s'accumule, la difficulté de l'accroître devient plus grande, jusqu'au moment où tout accroissement deviendra impraticable: cette proposition, selon James Mill, c est la suite évidente de la loi... qui détermine le revenu du capital, lorsque celui-ci est appliqué au sol en doses successives ». Bref, dans la théorie malthusienne de la population, James Mill substitue à la loi de la progression arithmétique la loi des revenus diminuants, c'est-à-dire encore, quoique sous une forme plus voisine peut-être de celle que West lui avait donnée, une autre loi découverte par Mallhus.

De la loi de la rente foncière et de la loi des salaires dérive la loi des profits, définie par James Mill comme par Ricardo. La diminution de la productivité du capi-

taly sur le sol le moins fertile, la hausse des salaires nominaux, font subir aux profits un double mouvement de baisse. C'est une suite nécessaire des deux lois inséparables de la population et des revenus diminuants*

Une pareille philosophie du progrès ne saurait, ipanifestement, être considérée comme une philosophie optimiste ; tout ce que Thomme peut faire dans des conditions aussi défavorables à la prospérité sociale, c'est, semble-t-il, de contre-balancer, par des procédés artificiels, la marche normale des choses ; et James Mill n'est pas hostile de parti pris à l'idée d'une organisation artificielle de la société économique. Il définit l'économie politique par analogie avec l'économie domestique : « elle est à l'État ce que l'économie domestique est à la famille ». Mais il ajoute que « l'art de celui qui administre une famille consiste à régler l'offre et la consommation »; on peut donc se demander à quel pouvoir dans l'État, par analogie avec ce qui se passe dans la famille, sera assignée la fonction essentielle c de régler l'ofTre et la consommation » ®^ S'en remettra-t-on au jeu naturel de l'échange, à la division spontanée des travaux ? C'est, depuis Adam Smith, la thèse classique chez tous les économistes dont James Mill se déclare le disciple. Mais voici que James Mill reproche à la division du travail d'être mal faite, précisément parce qu'elle a été faite « pratiquement, comme on dit, c'est à dire en grande partie accidentellement, à mesure que les découvertes fortuites des individus occupés à ies

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