‹ La formation du radicalisme philosophiqueChapitre 37 sur 239 · LE PROBLEME FONDAMENTAL · texte numérisé non relu

LE PROBLEME FONDAMENTAL

iDdustries particulières leur permettaient d*apercevoir que, dans telle industrie déterminée, tel bénéfice était à faire i ; et il souhaite que les philosophes s*em parant de la question, réussissent, par voie d'analyse et de synthèse, à constituer une répartition systématique et réfléchie des tâches". On ne s'étonnera donc pas qu'il pose nettement le problème. Pour faire en sorte que les salaires s'élèvent et se maintiennent au-dessus du chiffre misérable où ils descendent d'une façon presque universelle, par une c conséquence afTreuse » de la difficulté croissante que le genre humain éprouve à subsister sur cette terre, l'homme a le choix entre deux moyens : accélérer artificiellement le taux naturel d'accroissement du capital, ou ralentir artificiellement le taux naturel d'accroissement de la population. Ce problème pratique une fois posé, James Mill le discute avec la minutie logique dont se piquent les disciples de Bentham *^*.

James Mill ne pense pas, d^abord, que l'on puisse provoquer un accroissement artificiel du capital. Car, si le législateur veut employer des moyens indirects, s*il veut agir sur les goûts de la collectivité en mettant l'économie à la mode, ou encore assurer, par des lois somptuaires, la distribution des richesses la plus favorable à l'épargne, ce sont là des moyens qui, selon James Mill, ou bien demeureront inefficaces, ou bien constitueront une insupportable ingérence du législateur dans les afTaires privées. Reste l'emploi des moyens directs : mainmise sur une portion quelconque

du produit net de Tannée, et conversion de cette portion en capital. Hais par quels moyens s'emparer de cette portion? par quels moyens la convertir en capital ?

Le législateur peut, semble- t-il, s'emparer, par voie fiscale, de cette portion du produit annuel du travail dont il veut obtenir la capitalisation ; et James Hill aperçoit, plus clairement que Ricardo, la possibilité de corriger, par un impôt sur la rente foncière, la divergence qui existe naturellement entre les intérêts du propriétaire foncier et ceux de tous les autres membres de la collectivité. 11 a subi profondément l'influence des physiocrates, apôtres de l'impôt foncier unique. De plus, en étudiant l'histoire de l'Inde Britannique, il a constaté que tel était, là-bas, le système généralement en vigueur. Système conforme à la nature des choses : « avant d'être attribués à des individus, les pouvoirs productifs du sol sont la propriété collective de la société, et sont par suite un fonds particulièrement bien fait pour répondre aux fins et aux exigences collectives ou communes » ®^. Si un autre système a prévalu en Europe, c'est, selon James Mill, parce que les propriétaires fonciers, devenus, aux temps féodaux, maîtres du gouvernement, ont su rejeter sur d'autres les chai^ges que le souverain aurait dû leur imposer. En fait, peu importe au capitaliste, une fois qu'il a payé les salaires de ses ouvriers, et rémunéré, au taux habituel, son capital initial, s'il paie l'excédent sous forme de rente foncière à un propriétaire individuel, ou sous forme

l'impôt foncier. 91

d'impôt à un percepteur du gouvernement ; par suite, dans un pays neuf, où le sol ne serait pas encore devenu propriété privée, le gouvernement, en prélevant pour ses besoins la totalité de la rente foncière, ne causerait pas la moindre dépression industrielle, et défraierait les dépenses gouvernementales sans imposer de charge à aucun individu. Cependant, fidèle au principe de la sûreté tel que Bentham l'avait formulé, James Mill reconnaît que la théorie serait d'une application difiGcile « dans un pays où la terre est déjà devenue propriété privée, où le sol a été acheté et vendu, et où les attentes des individus ont été ajustées à cet ordre de choses 9"'^. Mais ce n'est là qu'une difiSculté d'ordre pratique; James Mill luimême indique qu'elle pourrait être levée, si l'on savait distinguer entre deux éléments : d'une part,, la quantité de revenu foncier, qui doit être considérée comme conférée au possesseur par la législation antérieure, et qu'il y aurait injustice à lui retirer, et, d'autre part, ce qui peut être regardé comme surpassant ce bénéfice, et qui peut, sans injustice pour le possesseur, être retenu pour le service de l'État. James Mill va-t-il donc préconiser la solution de l'impôt foncier unique, comme le feront plus tard son fils et disciple Stuart Mill, et les socialistes agraires de l'école de Henry ^Georçe ? En aucune façon. /

James Mill, comme Ricardo, reste fid^e au principe posé par Adam Smith : « le vrai principe de distribution», c en ce qui concerne les sommes requises

pour le service de l'Élat », c'est, selon lui, qu' € une taxe dont Topération est juste doit laisser la condition relative des différentes classes de contribuables identique après la perception de l'impôt à ce qu'elle était auparavant »'*. Mais ce principe implique la thèse de l'identité naturelle des intérêts, contredite cependant par la loi de la rente différentielle. L'inconséquence est en réalité constante chez James Mill, et d'autant plus choquante que sa forme d'exposition est plus nue. Dans l'c Encyclopédie Britannique», il condamne les castes en se fondant sur ce principe que « toute chose doit être considérée comme bienfaisante, dans la mesure où elle favorise le progrès de l'homme ; toute chose doit être considérée comme funeste, dans la mesure où elle arrête et entrave le progrès > '^^. Or les propriétaires fonciers peuvent être considérés comme constituant une sorte de caste héréditaire; et, si nous nous arrêtons à la définition, proposée par James Mill, des lois du progrès économique, l'apparition d'au moins une caste est le produit naturel du progrès. Mais James Mil! répugne, instinctivement, à admettre qu'il existe des castes, ou des classes, dans la nature. Il définit ailleurs une classe, par « une communauté d'intérêts » en d'autres termes, par « une chose ou par une somme de choses que les efforts communs de la classe peuvent obtenir, conserver, ou accroître, et qui agissent à la manière d'une cause de plaisir pour tous les membres de la classe i^^. Les propriétaires fonciers, définis par la rente différentielle que leur

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