‹ La formation du radicalisme philosophiqueChapitre 38 sur 239 · CASTES ET CLASSES · texte numérisé non relu

CASTES ET CLASSES

altribue ropération des lois de la nature, ne vont-ils pas constituer alors une classe? Non, puisque James Mill ajoute, immédiatement après, qu' « il n'y a pas esprit de classe, si ce n'est dans un ordre privilégié », et que les privilèges constitutifs d'une classe, consistant « dans la richesse, le pouvoir, la dignité conférés isolément ou simultanément par acte législatif», sont « le résultat non d'une acquisition naturelle, mais d'une sorte de violence, ou de contrainte, imposée à autrui » ^^. Il n'y a donc plus maintenant, selon James Mill, de classe sociale, jouissant d'intérêts privés opposés à l'intérêt général, si ce n'est par la faute d'une intervention gouvernementale qui altère l'identité naturelle des intérêts.

Reste à résoudre le second problème. Une fois un revenu confisqué par l'État, comment l'employer productivement? comment le convertir en capital? C'est ici qu'apparaît la raison véritable et consciente de la défiance qu'inspire à James Mill l'intervention du gouvernement en matière économique. L'État peut être conçu ou bien comme prêtant contre intérêt aux manufacturiers, ou bien comme faisant lui-même fructifier son capital. Mais les deux méthodes (Robert Owen^^ a préconisé ladoption de la seconde) sont, à en croire James Mill, également impraticables. A partir du jour où le capital s'accroîtrait plus vite qu'au taux normal, l'accroissement de la population serait lui-même d'autant plus rapide ; il deviendrait par conséquent nécessaire de recourir à la culture de terres dont la qualité serait

pire, ou à des procédés de culture plus coûteux ; et le revenu du capital décroîtrait lui-même d'autant plus vite. C'est donc l'élément pessimiste de la doctrine de Ricardo qui interdit d'envisager l'hypothèse où l'État entreprendrait d'accélérer la formation du capital ; si l'État ne doit pas intervenir dans le jeu des lois économiques, ce n'est pas que, de la sorte, il compromette une prétendue identité d'intérêts qui n'existe pas dans la nature, c'est parce que son intervention ne peut qu'a^raver les divergences d'intérêts existantes, en précipitant un progrès dont la marche, pour être nécessaire, n'en est pas moins funeste.

Faute de pouvoir, en vue de relever les salaires, user de moyens proprement économiques, reste l'emploi d'un moyen extra-économique : limiter le nombre des naissances; Mais comment y parvenir ? Par des moyens directs ? Par des récompenses et des peines ? Les délits seraient singulièrement difficiles à définir, les peines et les récompenses, singulièrement difficiles à applicpier. La colonisation constitue le seul moyen législatif qui constitue une sorte de solution du problème ; et James Mill, qui a consacré à la question un article de r « Encyclopédie Britannique », voit, sous certaines réserves, dans l'émigration aux colonies, le meilleur remède qui se puisse provisoirement concevoir à ud excès de population : car < il est hautement désirable, pour bien des raisons, que toutes les portions de la terre dont les caractères physiques ne sont pas incompatibles avec le bien-être de l'homme soient habitées

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