LES ÉCONOMISTES
leurs de l'humanité, initiateurs d'une ère nouvelle. Mrs. Marcet publie, en 1816, ses « Conversations sur l'économie politique », dans lesquelles, dit le sous-titre « les éléments de cette science sont familièrement expliqués » * ; et le succès de cet ouvrage populaire est immédiat. L'économie politique pénètre à l'Université de Cambridge, avec Prynn, en 1816; au Parlement, en 1818, avec Ricardo ; à l'Université d'Oxford, avec Senior, en 1825*. Tous les économistes sont optimistes, et s'accordent pour adhérer, en paroles, au principe de l'identité naturelle des intérêts. Mais, d'une part, quelle interprétation faut-il donner de ce principe? l'interprétation naturaliste, plus conforme au génie de Hume, ou l'interprétation rationaliste, plus conforme aux nouvelles tendances de l'école ? D'autre part, comment concilier avec la thèse de l'optimisme économique les découvertes de Malthus, loi de peuplement et théorie de la rente foncière, qui impliquent la divergence croissante des intérêts ? Les économistes ont beau considérer l'économie politique comme une science objective, qui, tôt ou tard, imposera l'acceptation de ses principes à l'universalité des esprits ; en fait, ils l'interprètent, pour l'instant, en des sens divers. Ricardo publie en 1817 ses « Principes de l'Économie politique et de l'Impôt^ »; mais il trouve tout aussitôt, en Malthus * et Torrens ^, des adversaires, et non pas des alliés, comme il aurait pu s'y attendre. Puis James Mill publie, en 1821 , ses «Éléments de l'Économie politique ■ », et MacCulloch, en 1825, ses « Principes de l'Économie
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politique' »; et ces deux ouvrages se ressemblent en ce qu'ils sont deux manuels d'économie politique, deux exposés d'une science que les auteurs considèrent comme achevée dans ses définitions, ses lois, et ses applications pratiques. James Mill, interprèle de Ricardo, représente la doctrine économique des radicaux philosophiques. MacCulloch, sans appartenir au groupe, est, en matière économique, le disciple avoué de Ricardo, le vulgarisateur et le publiciste de ses idées ; il représente ces idées au moment précis où elles deviennent des idées collectives, populaires et banales : à ce titre, après Ricardo et James Mill, MacCulloch retiendra notre attention ^
RIGARDO
Sismondi visite l'Angleterre en 1818, et revient sur le continent scandalisé par le spectacle qu'elle a offert à ses regards. Il n'y a rencontré qu'incohérence et anarchie, excès d'activité industrielle et misère excessive. Les industriels, pris au dépourvu par le rétablissement de la paix, continuent à produire pour des marchés qui ne leur envoient plus de commandes ; les ouvriers mal payés meurent de faim devant cet entassement de richesses inutiles. En face de ces réalités, il trouve, en possession de l'opinion, une prétendue science économique, ne suggérant d'autre remède à la crise que l'abstention du gouvernement, « tellement spéculative qu'elle semble se détacher de toute pratique * » • Ricardo, avec ses « Principes de l'Économie politique et de l'Impôt » symbolise, à ses yeux, la nouvelle école dont il déplore le triomphe : « en général son
système tend à conclure que tout est égal, et que rien ne fait de mal à rien ; ce qui simplifie fort la science : il n'y a plus qu'un pas de cette doctrine à nier l'existence du maP *. Telle est bien, du reste, l'opinion courante au sujet du livre de Ricardo; sa doctrine, qui va devenir l'orthodoxie du groupe utilitaire, passe pour représenter l'optimisme et le quiétisme économiques dans ce qu'ils ont de plus absolu.
Cette manière de concevoir la philosophie économique de Ricardo apparaîtra comme moins justifiée si l'on considère que ses recherches ont eu un double point de départ : d'où le caractère, moins simpliste que l'on n'est d'abord tenté de le croire, de ses spéculations. C'est par ses travaux sur les phénomènes de la circulation monétaire et sur la dépréciation du billet de banque qu'il révèle au public, en 1809, ses facultés de théoricien : mais c'est en ces matières aussi que se trouvent le mieux satisfaites les exigences de l'économie politique déductive et optimiste. Les phénomènes étudiés sont si élémentaires, si abstraits, que le détail semble pouvoir en être déduit, € théoriquement' », des conditions générales de l'échange. Si l'équilibre de la situation monétaire est parfois compromis, c'est la faute des gouvernements, et de leurs émissions immodérées de papier-monnaie ; on peut compter sur l'activité intéressée de commerçants particulièrement avisés, particulièrement bien informés sur l'état du marché du monde *, pour que cet équilibre s'établisse normalement et sûrement, pour que, du libre « choix » des parties résulte l'apparence d'une