T0ÉORIE DU GOUVERNEMENT SIMPLE
nom des mêmes principes, la politique usurpatrice de Geoi^e III et le jacobinisme français. Quelle sera maintenant, par contraste, l'attitude de Bentham et de son groupe ? En matière de procédure, Bentham a toujours demandé Tabolition de toutes les règles qui, dans l'appréciation des témoignages et des preuves, sont faites pour lier l'opinion du juge, et apparaissent aux disciples de Montesquieu comme autant de garanties de la liberté du prévenu. En matière d'organisation judiciaire, Bentham condamne le système de la multiplicité des juges, et veut que le juge siège seul, afin de sentir pleinement sa responsabilité ; il affecte de dédaigner l'institution du jury, orgueil du libéralisme anglais, et, pour que la responsabilité du juge soit réelle, se contente de la publicité des débats. Le «juge unique » de la doctrine benthamique, c'est le « despote éclairé», tel que l'avaient rêvé les réformateurs du xvm* siècle, le maître qui s'inspire de l'opinion librement exprimée par un public de philosophes. Voilà le Bentham de la première période, philosophe à la manière de Beccaria et de Voltaire. En matière de droit constitutionnnel, les utilitaires opposent maintenant la doctrine du suffrage universel à la théorie whig de la représentation variée et de la représentation des intérêts : la « démocratie représentative » de Bentham et de James Mill n'est que l'adaptation de la démocratie pure aux nécessités d'existence d'une grande nation. En outre, à l'heure où les Anglais s'enorgueillissent du self-government local qui fait d'eux
en Europe le prototype des peuples libres, les radicaux utilitaires préconisent un système de centralisation administrative, d'inspiration surtout française. Tout acte d'un individu ou d'un gouvernement implique deux moments : la délibération préalable à l'acte, et l'exécution de l'acte lui-même. Les autoritaires, par la simplification des rouages parlementaires, visent à rendre l'exécution des mesures gouvernementales aussi rapide que possible. Les libéraux, par la multiplication des organismes constitutionnels, veulent prolonger autant que possible la délibération qui précède l'acte. Bentham n'a jamais été un libéral ; constamment impatient de réformes philanthropiques il passe seulement d'un autoritarisme monarchique à un autoritarisme démocratique, sans s'arrêter «\ cette position intermédiaire, qui est celle du libéralisme anglo-saxon.