QUANTITÉ ET QUALITÉ DU TRAVAIL
variations, ce sont des « révolutions » temporaires, qui ne peuvent se prolonger « pendant un laps de temps considérable'^ ». Ricardo est plus circonspect. Il écrit au moment où la révolution industrielle commence à transformer la face du monde économique, et, à mesure que se répand l'usage des machines, change, dans les diverses branches d'industrie, l'échelle des salaires. Il conjecture que l'estimation relative qui se fait des différentes qualités de travail reste presque la même c d'une génération à l'autre » ; puis il se borne, en fin de compte, à affirmer que, s'il y a variation, la variation est très peu considérable « d'une année à l'autre », et n'a que peu d'action, « pendant des périodes suffisamment courtes », sur la valeur relative des produits*^'. — Voilà donc une première restriction à la théorie générale de la valeur : il est vrai de dire qu'à des variations dans la quantité de travail correspondent des variations égales dans la valeur du produit, mais c'est seulement dans la mesure où, d'une époque à l'autre, Testimation relative qui se fait des diverses qualités de travail reste invariable.
Mais voici une seconde restriction, également nécessaire : la théorie générale de la valeur n'est pas vraie de tous les objets qui sont apportés sur le marché de l'échange. Il y a des objets rares — œuvres d'art, curiosités archéologiques, vins des grands crus — dont la quantité est absolument limitée. Il ne saurait donc être question de mesurer l'intensité du besoin qu'ils satisfont par l'intensité de l'effort consacré à les pro-
14 LE RADICALISME PUILOSOPUIQUE.
duire, puisque aucun effort ne peut, en vertu de leur définition même, en accroître la quantité. Leur prix est comme on dit, un prix de monopole, fixé par la concurrence des consommateurs, non des producteurs, et variable indéfiniment comme la richesse et les goûts des acheteurs ". — Bref, la condition pour que la quantité de travail mesure la valeur, c'est que les objets d'échange soient produits par du travail, et puissent être accrus, à volonté, par du travail, sans limite assignable.
Cette seconde restriction ne suffit pas encore. Non seulement la théorie générale de la valeur n'est pas vraie de tous les objets, mais encore elle n'est vraie absolument d'aucun des objets qui sont apportés sur le marché de l'échange. La valeur naturelle d'un objet, définie par la quantité de travail, est seulement une limite, vers laquelle le prix courant tend constamment, autour de laquelle il oscille toujours : « si nous possédions, écrit excellemment Ricardo, une unité de mesure invariable pour mesurer les variations des autres objets, nous trouverions que la limite extrême quelles pourraietit atteitidre d'une façon permanentey si les objets étaient produits dans les circonstances supposées, serait proportionnelle à la quantité supplémentaire de travail nécessaire à leur production ^* ». Quant à la question de savoir quelles seront l'amplitude et la durée des oscillations qui tiennent, dans la réalité, la valeur réelle séparée de la valeurnaturelle, Texpérience peut seule y répondre, pour deux raisons. D'abord, il est impossiblede prévoir l'ampli-