PRIX NATUREL ET PRIX MARCHAND
tude de Toscillation que subira le prix, en se fondant sur l'observation des variations subies par l'offre par rapport à la demande ordinaire. Tous les calculs que l'on a voulu faire sur cette base ont été décevants. Trop d'éléments entrent en jeu, richesse ou pauvreté du pays considéré, faculté qu'il possède de réserver la quantité superflue du produit pour satisfaire à des besoins futurs, conjectures plus ou moins probables sur l'état futur de l'offre et de la demande". D'autre part, il est impossible de définir une fois pour toutes et sans recourir à l'expérience, quelle doit être, dans chaque branche de l'économie nationale, la durée des oscillalions. L'accord du prix naturel et du prix marchand dépend de la facilité avec laquelle l'offre peut être accrue ou diminuée; mais cette facilité est variable ^^. S'agit-il «de chapeaux, de souliers, de blé, de drap », ce sont des marchandises a qui se consomment et se reproduisent d'une année à lautre » : dans ce cas, l'intervalle qui s'écoule entre la contraction de la demande et la contraction de l'offre est considéré par Ricardo comme un intervalle court ^*. Mais il n'en va pas de même « de l'or, des maisons, du travail ». La diminution de la quantité d'or en circulation, nécessaire pour un relèvement de valeur, ne pourrait se produire que lentement, par la diminution de la production, et l'usure des pièces déjà frappées : « la quantité d'or serait un peu diminuée en un an, un peu plus en une autre année, et finalement la valeur serait relevée » dans la mesure voulue. S'agit-il encore de
diminuer l'offre des maisons, pour Tadapter à une demande plus faible? Cette diminution ne peut se produire que par la dégradation très lente des maisons existantes ^^ S'agit-il enfln du travail, considéré par Ricardo comme une marchandise qui a son prix sur le marché ? Pour qu'un accroissement de l'offre de travail ramène le prix du travail à son niveau naturel, dépassé par hypothèse, il faudra que des enfants naissent, puis grandissent jusqu'à devenir des ouvriers salariés : l'intervalle exige encore plusieurs années ^^. Pour que les différents objets s'échangent dans la proportion naturelle, selon la quantité de travail qu'ils ont coûtée, il faut, en principe, que l'échange soit libre, et que les divers égoïsmes individuels aient toute faculté de s'adapter les uns aux autres. Mais l'abstention du législateur ne suffit pas à la réalisation de ces conditions. Pour que les oscillations de la valeur soient aussi peu amples et peu durables que possible, il faut que les individus, atomes du monde économique, soient doués d'une mobilité absolue, capables de connaître immédiatement leur intérêt et d'agir immédiatement en conséquence. Or Ricardo ne pense pas que cela leur soit toujours possible. L'égoïsme humain est profondément modiQé par « le désir que chacun éprouve de garder son rang dans la vie, et de conserver sa richesse au niveau qu'elle a une fois atteint » 2'; et le système des habitudes acquises, en diminuant la mobilité des agents économiques, prolonge les crises, recule l'instant où les besoins de la collectivité trouveront leur satisfaction