‹ La formation du radicalisme philosophiqueChapitre 70 sur 239 · AUTORITARISME DE BENTHAM · texte numérisé non relu

AUTORITARISME DE BENTHAM

le radicalisme de Bentham se trouve aboutir, en matière de procédure et d'organisation judiciaire, à une restauration du système patriarcal préconisé par Sir Robert Filmer, apologiste de la monarchie absolue.

DROIT CONSTITUTIONNEL

Jusqu'en 1808 Bentham s'est désintéressé du problème de la réforme politique ; nous avons vu pour quelles raisons d'ordre philosophique, et aussi sous quelles influences historiques, locales et personnelles, il s'intéressa de plus en plus vivement aux questions de droit constitutionnel, jusqu'à devenir le théoricien attitré du mouvement radical, aux côtés de Gobbett le pamphlétaire, de Sir Francis Burdett l'orateur parlementaire, et du major Cartwright le propagandiste populaire. Les élections de Westminster l'entraînent presque, un instant, dans la mêlée. Puis des soulèvements éclatent dans toute l'Angleterre, suivis d'une répression violente. Hobhouse est jeté en prison ; Burdett et Cartwright sont traduits en justice; Bentham lui-même craint pour sa liberté*. Du moins, si sa patrie lui est ingrate, il a trouvé, en Espagne et en Portugal, des disciples qui lui

LE € CONSTITLTIONAL CODE». 175

demandent, pour leurs nations affranchies, un code démocratique. En conséquence, à partir de 1820, Bentham s'absorbe dans la rédaction d'un c Gode Constitutionnel » , adressé non pas seulement aux deux États de la péninsule ibérique, mais à toutes les nations de la terre. Dès 1824 il considère Touvrage comme achevé dans ses grandes lignes^. Il compte le répartir en trois volumes dont le premier est imprimé en 1827. En 1830, il hâte l'impression et la publication d'un chapitre du second volume, relatif à la constitution de Tarmée, pour le communiquer à La Fayette au moment où éclate à Paris la révolution de juillet ^. Le reste de l'ouvrage ne sera imprimé et publié que neuf ans après la mort de Beotham, précédé, en guise d'introduction, d'une série de réflexions générales, se rapportant à la philosophie du droit constitutionnel, qui ont été empruntées aux manuscrits de Bentham, et tant bien que mal mises en ordre par l'éditeur ^ Il n'y a donc pas lieu d'examiner l'influence, sans doute insignifiante, que peut avoir exercée le c Gode Gonstitutionnel » au moment de sa publication ; il faut y chercher seulement des documents sur la pensée de Bentham à l'époque où, de 1820 à 1832, il est devenu le chef et l'inspirateur du groupe des radicaux intellectuels.

Trois principes fondent la philosophie politique de Bentham.

Le prOTtiier principe, que Bentham appelle le principe du plus grand bonheur, est un principe pratique, qui

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propose une fin à Tactivité du législateur : la fin que le gouvernement doit poursuivre dans toute société politique, c'est, nous dit Bentham, « le plus grand bonheur de tous les individus dont elle est composée ». Mais ce n'est pas là une ^n réalisable, tant qu'on l'énonce sous cette forme universelle. En raison de la loi de population et , de l'insuffisance constante des moyens de subsistance, y il est impossible de réaliser simultanément le bonheur , de tous les individus qui composent la société, sans exception. Donc, au lieu de dire « le plus grand bonheur de tous», il faut dire, si l'on veut parler avec ripieur, 'Z"-î>i € le plus .grand bonheur du plus grand nombre » ^.

Le second principe est un principe théorique comme \ le premier est un principe pratique : le premier nous dit c ce qui doit être », le second nous dit a ce qui est». Ce second principe, Bentham l'appelle le selfpréférence principUy et l'énonce : c l'amour de soi est universel». Tous les individus sont, essentiellement et nécessairement, égoïstes. 11 faut tenir pour autant de mensonges toutes les professions de désintéressement et de pureté des intentions^. La seule raison pour laquelle Washington n'a pas agi en Amérique comme Bonaparte en France doit être cherchée non dans la différence des mobiles, égoïstes chez l'un et chez l'autre, mais dans la différence des circonstances politiques^. Bentham aperçoit d'ailleurs, dans ce principe de Tégoïsme universel, une condition nécessaire deTa subsistance du genre humain^; mais alors, si Bentham dit vrai, et si, dans la grande majorité des cas, l'intérêt

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