LES TROIS PRINCIPES DU DROIT PUBLIC
de Tespèce implique l'égoïsme des individus, c'est le principe de l'identité naturelle des intérêts qui est vrai. Pourtant cette identité ne doit pas être, selon Bentham, considérée comme absolue. C'est pourquoi, à la différence des premiers théoriciens utilitaires du régime démocratique, à la différence de Paine et surtout de Godwin, il n'aboutit pas à la conception d'une « société sans gouvernement », mais tient pour nécessaire, si l'on veut mettre ce qui est d'accord avec ce qui doit être, si Ton veut subordonner, dans les cas où la subordination ne s'opère pas spontanément, l'intérêt de l'individu à l'intérêt général, de faire intervenir, pour compléter la philosophie du droit constitutionnel, un troisième et dernier principe.
Ce troisième principe, qui porte sur la définition des moyens à employer pour atteindre la fin du gouvernement politique, n'est autre chose que lejrinçîpejde l'identification artificielle des intérêts. Dans le Panoptiœny dans la « Théorie des Récompensés » , dans la « Chresfomathie», Bentham l'avait dénommé « le principe de l'union de l'intérêt et du devoir » ; il l'appelle ici t le principe de l'union des intérêts ». Le problème est de placer chacun deslïiëmbres de la société politique dans des conditions sociales telles que son intérêt privé coïncide avec l'intérêt général ; et l'énoncé même du problème suppose, en matière constitutionnelle, que les hommes se trouvent partagés en deux classes, l'une qui gouverne, l'autre qui est gouvernée. Car nous savons, d'une part, que la loi de population, formulée par
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Malthus, crée nécessairement des conflits entre les intérêts individuels : d'où la nécessité d*un gouvernement pour donner à la propriété individuelle la protection de la loi. Très évidemment d'ailleurs, en raison du principe de la division du travail, les fonctions gouvernementales ne peuvent être exécutées en même temps par tous les citoyens* Gouverner est un travail qui absorbe toute l'activité des gouvernants ; il faut cependant que le plus grand nombre soit constamment occupé à assurer, par des travaux d'ordre productif, la subsistance de tous. Dire que le meilleur gouvernement est celui dans lequel le pouvoir politique est exeroé par tous les membres de la collectivité, c'est énoncer une proposition contradictoire, c'est affirmer, en même temps et pour une même société, l'existence et la non-existence d'un gourer nement®. Il semble donc que la philosophie du droit constitutionnel commence par créer une contradiction d'intérêts, pour la supprimer ensuite. La fin effective de tout gouvernement, c'est le plus grand bonheur de celui ou de ceux qui détiennent le pouvoir gouvernemental *^. La fin légitime du gouvernement, c'est le plus grand bonheur du plus grand nombre, avant toute distinction des gouvernants et des gouvernés. Le principe de l'identification artificielle des intérêts prend donc, en matière de droit constitutionnel, une fois que la distinction des gouvernants et des gouvernés a été opérée, une forme plus définie, et devient le problème de l'identification artificielle des intérêts des gouvernants et des gouvernés.