GOUVERNANTS ET GOUVERNÉS
Bentham explique, au début de son c Gode Constitutionnel »9 la méthode qui lui permet de rattacher son système de c démocratie pure représentative» au principe de l'utilité. Telle est, nous dit Bentham, la condition de l'homme, que tout plaisir s'achète au prix d'une peine : c'est peut-être la maxime fondamentale de la philosophie utilitaire, que c de deux maux il faut choisir le moindre ». Gela donné, comment faire pour c porter le bonheur à son maximum », ou, comme dit encore Bentham , pour c maximiser le bonheur » ? Deux moyens, et deux seulement, doivent être employés : il faut maximiser l'aptitude officielle, et minimiser la dépense". G'est la double règle dont Bentham avait tenté une application particulière dans son projet d'école chrestomathique, et dont on trouve déjà une expression approchée dans le c Gatéchisme de la Réforme Parlementaire » : on reconnaît, sous une forme un .peu modifiée, le problème fondamental du droit adjectif. Pour que les fonctions gouvernementales soient bien remplies, il faut les payer le plus cher possible, en donnant à l'idée de dépense sa signification la plus large. Mais toute dépense, impliquant une peine ou la privation d'un plaisir, est un mal : il est donc à désirer que le gouvernement coûte le meilleur marché possible. Le problème se ramène ainsi à la forme ma- -ihématique d'un calcul des profits et des pertes.
D'ailleurs 1' c aptitude officielle » elle-même ne constitue pas une notion simple.; elle se laisse résoudre en notions plus élémentaires encore. On doit exiger du
fonctionnaire Tintelligence, la moralité et l'activité nécessaires à l'exercice de sa fonction ". En ce qui concerne l'aptitude intellectuelle, on s'assurera, par un examen préalable, que le candidat possède le jugement et le savoir nécessaires; on facilitera aussi l'instruction politique des candidats en rendant plus claire la rédaction des lois et en développant les services de statistique. L'obligation imposée au corps législatif de siéger sans interruption, aux membres d'assister sans interruption aux séances, garantira, de la part des représentants élus, l'activité législative nécessaire. Mais l'essentiel est de prendre des garanties contre les abus éventuels du pouvoir que détiennent les gouvernants, abus d'autant plus dangereux peut-être que les gouvernants seront plus intelligents et plus actifs : il faut viser, en d'autres termes, à obtenir la v maximisation de l'aptitude morale appropriée ». Tout membre du gouvernement se trouve, en tant que tel, muni du double pouvoir de punir et de récompenser, de menacer et de promettre, de distribuer le plaisir et la peine. Il peut user de ce pouvoir pour le bien comme pour le mal. Le problème est de disposer les choses de telle sorte qu'il en puisse user pour le bien et n'en puisse user pour le mal ; et la solution du problème tient, selon Benthami dans cette règle unique qu'il faut c minimiser la confiance » *'. Or cette règle, que Bentham rattache au prin* cipe du plus grand bonheur, est en réalité familière à tous les libéraux anglais. La même formule, exprimée en des termes à peine différents, se rencontre dix fois