‹ La formation du radicalisme philosophiqueChapitre 74 sur 239 · SOPHISMES LIBÉRAUX · texte numérisé non relu

SOPHISMES LIBÉRAUX

qu'il possède de puissance, le monarque le doit à' l'opinion publique. Que la confiance populaire vienne à lui manquer, et sa faiblesse réelle éclate à tous les yeux. Mais on ne peut tenir pour bonne absolument une disposition constitutionnelle qui est bonne seulement par rapport à un gouvernement supposé mauvais ^^.

Au principe classique de la division des pouvoirs, Bentham oppose les mêmes objections qu'au principe d'une € Déclaration des Droits ». On ne saurait se fonder sur la doctrine whig des « contrepoids constitutionnels » pour donner au pouvoir exécutif et au pouvoir judiciaire l'autonomie en face du pouvoir législatif. La fonction essentielle du pouvoir exécutif et du pouvoir judiciaire, c'est de donner suite aux volontés du pouvoir législatif: s'ils refusent d'obéir aux législateurs, ils faussent toute la machine constitutionnelle. En cas de rébellion des militaires et des juges, le pouvoir législatif doit se réserver, dans l'intérêt général, le droit d'usurper sur leurs fonctions. — Mais, objecte Montesquieu, absorber dans le pouvoir législatif le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire, c'est établir un gouvernement despotique. — Une fois de plus, Bentham se heurte à l'autorité du nom de Montesquieu. Mais Montesquieu n'a jamais pensé clairement ; son œuvre ne mérite aucun respect, c Du bonheur, il ne dit rien ; au lieu de parler de la sécurité à donner au peuple contre ses maîtres, il parle de liberté, et postule, sans le dire clairement, que Tobjet propre de tout gouvernement, c'est d'établir la plus parfaite liberté ; en fait, le gouvernement ne peut

opérer qu'aux dépens de la liberté ; et la liberté n'est parfaite que dans le temps et dans le lieu où il n'y a pas de gouvernement ^^ ». Le véritable despotisme qu'il faut redouter, c'est celui qui consiste dans l'alliance intéressée de tous les fonctionnaires pour l'exploitation du peuple ; or, il n'y a pas de séparation des pouvoirs qui puisse empêcher cette union de seproduire entre les fonctionnaires et les magistrats, sous la pression irrésistible de l'intérêt.

Le radical pourra donc parler le langage des wbigs et réclamer l'introduction de c contrepoids » et de « contreforces b *^ dans le mécanisme constitutionnel, mais ce sera en un sens très différent. Le libéralisme politique repose sur un pessimisme moral. La nature de l'homme étant foncièrement mauvaise, incapable de comprendre soit l'intérêt vrai de la cité, soit l'intérêt vrai de l'individu, tous les gouvernements sont mauvais ; et la constitution la moins mauvaise sera celle qui opposera le plus grand nombre d'obstacles à l'exécution des mesures gouvernementales. D'où l'idée d'une conslitution mixte ou complexe, où l'élément démocratique fait € échec » à l'élément aristocratique et réciproquement, où le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire, le pouvoir judiciaire et le pouvoir législatif, le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif, sont comme autant de poids égaux, qui se font équilibre dans la machine. L'Etat libéral est un État dont l'on peut dire, à volonté, qu'il est un Élat sans souverain, ou qu'il renferme plusieqrs souverains. L'État radical, au con*

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