LIBÉRALISME ET RADICALISME
traire, tel que le définit rutiiitarisme de Bentham, est un Etat qui confère la souveraineté au peuple ; après quoi le peuple se trouve contraint de déléguer un certain nombre de fonctions politiques à une minorité d'individus, directement ou indirectement élus, non pas pour limiter lui-même sa puissance, pour abdiquer en partie sa souveraineté, mais pour rendre au contraire plus efficace et plus concentrée l'expression, puis l'exécution de ses volontés. Le problème est alors d'éviter que les représentants du peuple dérobent à ceux qui les ont constitués tels tout ou partie de leur souveraineté. D'où la nécessité de trouver des « contreforces » capables de c tenir en échec » l'égoîsme des fonctionnaires. Mais il ne s'agit pas de « contreforces » dressées les unes contre les autres afin d'équilibrer, dans une société complexe, des éléments divers et contradictoires ; toutes les € contreforces » sont, dans la machine radicale, dirigées en quelque sorte dans le même sens, afin de conserver aussi intacte que possible l'énergie d'un régime purement démocratique, et de prévenir tout ce qui pourrait contrarier la souveraineté populaire.
Encore la souveraineté du peuple rencontre-t-elle, dans le système de Bentham, un obstacle invincible. Prise à la rigueur, elle signifie la souveraineté de tous les citoyens, elle implique l'unanimité des suffrages. Mais il peut arriver, il arrivera vraisemblablement, que les suffrages de l'autorité constitutive suprême seront partagés : c'est là, Bentham l'avoue, « un inconvénient
dont l'existence est inhérente à la nature même des choses ^^». Or Tinconvénient est grave, et le problème du droit des majorités inquiète déjà certains adeptes de la philosophie utilitaire : il jette dans l'angoisse Joseph Hume, le représentant du groupe au Parlement, et Joseph Hume communique à Francis Place toute une série d'objections qui lui ont été opposées, et auxquelles il n'a pas su répondre ^^ Si vraiment la volonté de la minorité doit s'incliner devant la volonté de la majorité, si vraiment l'intérêt de la minorité doit être sacrifié à l'intérêt de la majorité, ne semble- t-il pas légitime que, dans une société composée de trente individus, vingt-neuf s'entendent, s'ils y trouvent du plaisir, pour rôtir et manger le trentième? Ne semble-t-il pas légitime que la majorité des plus pauvres s'entende pour s'emparer des biens de la majorité des riches, et les partage, au bénéfice du plus grand nombre ? A quoi Place répond deux choses. En premier lieu, si vraiment la majorité croit qu'il est de son intérêt de manger ou de dépouiller la minorité, il est inévitable qu'elle exécute son dessein. Le pouvoir de la majorité sur la minorité est une nécessité de la nature, les plus nombreux sont les plus forts. En fait, nous nous résignons à voir sans cesse s'exercer autour de nous le pouvoir injuste de la majorité : « nos lois sur la propriété ne sont pas ce qu'elles devraient être, mais les hommes n'en appliquent pas moins par rapport à elles le principe de l'utilité mal compris. Si un homme usurpe de certaines manières déterminées sur le droit de propriété, nous le pendons.