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LES FONCTIONS PUBLIQUES AUX ENCHÈRES

d'appliquer uniformément le principe de la concurrence : pourquoi ne pas retendre dès lors aux choses de la politique, et persister à « maximiser », alors qu'on pourrait le « minimiser », le prix du travail des fonctionnaires? Plus vraisemblablement, Bentham subit l'influence du milieu social dans lequel il a grandi : l'Angleterre possède un certain nombre de fonctions publiques, honorifiques et gratuites, et c'est assurément dans ces institutions que Bentham a trouvé la justification expérimentale de son idée. Il déclare expressément que, si le corps aristocratique des juges de paix remplit mal ses fonctions, ce n'est pas parce que ces fonctions sont gratuites, c'est parce que la loi que ces juges appliquent est une loi mauvaise, une loi de classe; et c'est aussi parce que leur recrutement ne présente pas les garanties nécessaires d'aptitude morale. Supposez leurs fonctions payées au lieu d'être gratuites, ils rendraient la justice aussi mal, avec cette circonstance aggravante qu'ils coûteraient de l'arçent à l'État^^. Bentham, par le procédé de la compétition pécuniaire, établit une sorte de vénalité des charges, et fait de l'exercice des fonctions de l'État une sorte de privil^e, sinon aristocratique, au moins ploutocratique^®. Il distribue les places non plus, comme dans le système anglais, aux propriétaires de la terre, aux représentants de l'aristocratie foncière, mais à ceux dont les économistes utilitaires défendent les intérêts contre la caste féodale, aux créateurs de la richesse mobilière, aux nouveaux riches, industriels et commerçants.

Le Code constitutionnel que rédige Bentham est un Code républicain ; et, parfois, il semble que Bentham réclame l'établissement immédiat de !a république en Angleterre. « Si l'on demande, écrit-il, quelle société j'ai en vue en décrivant la société en question, je réponds : n'importe quelle société, ce qui revient à dire: toutes les sociétés sans exception » ; et il lui arrive de condamner, sans distinguer, les deux projets de réforme électorale, réforme modérée et réforme radicale, puisque le radical, aussi bien que le libéral, respecte l'existence de la monarchie et de la Chambre des Lords ^\ Bentham est un solitaire, qui pense seul, qui « rêve », qui n'a pas à se préoccuper de l'application possible de ses théories. Contre la monarchie, il a des rancunes personnelles ; il a toujours attribué à l'inimitié de George Kl ses déboires du Panopticon. Mais, dans la réalité des faits, la question ne se pose pas entre la monarchie aristocratique et la république populaire; et il arrive à Bentham lui-même de reconnaître que son Code, tout entier utilisable dans une nation républicaine, n'est pas applicable, en Angleterre, d'une manière à la fois intégrale et immédiate. « En Angleterre, écrit-il, abstraction faite d'une révolution soudaine qui, étant données les provocations, sera toujours à prévoir, il peut, dans la mesure où il est bien adapté à son objet, servir à orienter les vues des personnes désireuses d'effectuer des améliorations par voie de changements graduels, qui seront... autant de pas vers le républicanisme»^. Le parti politique qui le reconnaît pour chef, et qui est

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