LE PROGRAMME RADICAL
composé, dans sa fraction philosophique, de ses amis et de ses disciples, James Mill en lêle, s'attache tout entier à la réforme de la seconde Chambre, à l'extension du droit de suffrage ; il est silencieux sur la question de la Chambre des Lords; il accepte la monarchie ^^ ; c'est un parti radical sans être un parti républicain. C'est cependant encore Bentham qui a donné au radicalisme sa formule théorique. L'année même où il allait rédiger la motion de sir Francis Burdett, il publiait son Plan of Parliamentary Heform, augmenté d'une introduction presque dix fois aussi étendue que l'ouvrage. Il y développait le programme « radical » du suffrage universel, s'excusant d'avoir si longtemps hésité à le préconiser, et de s'être arrêté jusque-là au householder System. Bentham exige du représentant parlementaire, dans ses relations avec l'électeur, cinq « garanties ». Deux de ces garanties sont considérées par lui comme « primaires ou principales » : dépendance vis-à-vis des électeurs, indépendance vis-à-vis du roi et de la Cour. Deux garanties sont appelées a secondaires ou instrumentales » ; elles servent de moyens en vue d'obtenir les garanties principales : ce sont, d'une part, la condition d'être soumis à des réélections annuelles, et, d'autre part, l'exclusion des fonctionnaires. Une cinquième garantie consiste enfin dans ce que Bentham appelle la c constance universelle d'assistance ». Reste à définir les électeurs parlementaires ; et Bentham résume son programme en quatre points : universalité virtuelle du suffrage, égalité pratique du suffrage, liberté ou authen-
ticité du suffrage, secret du suffrage. La thèse, ainsi posée, du suffrage universel, ou virtuellement universel, Benlham la fonde sur trois principes.
Le premier de ces principes, c^est le principe de la compréhension universelle des intérêts, application nouvelle du principe du plus grand bonheur. Tous les êtres humains sont également susceptibles de plaisir et de peine : en conséquence, du moment où le droit de vote est accordé à quelques-uns, il n'y a pas de raison pour ne pas l'accorder à tous *•. — Voilà la règle, mais elle souffre des exceptions, qui sont définies par le second principe, ou principe des défalcations légitimes. Défalcation des mineurs : elle a cet avantage d*ètre temporaire seulement, et rien n'oblige à prolonger la minorité jusqu'à vingt et un ans, puisque l'exercice de certains droits, et par exemple du droit de choisir un tuteur, commence avant cet âge. Défalcation des soldats et des marins : elle restera nécessaire tant que l'on n'aura pas imaginé des moyens propres à les empêcher de voter en masse sous les ordres de leurs chefs, et de servir les intérêts sinistres de la Cour. Défalcation des illettrés : non seulement elle est temporaire, mais elle peut être réduite au gré de l'individu exclu, puisque en trois mois de temps quiconque veut apprendre à lire sait lire. Quant à la défalcation des femmes, est-elle nécessaire? Il serait difficile de trouver, chez Bentham, une réponse assurée à ce sujet. Bentham refuse de leur accorder l'éligibilité, hésite à leur accorder l'électorat. Cependant, il le reconnaît, nulle raison n'interdit de