CRISES
dans un nouvel état d'équilibre. Le fait que les ouvriers refuseront de travailler pour un salaire inférieur à un minimum fixé par leurs habitudes antérieures pourra diminuer, pendant un temps indéterminé, Toffre d'un produit donné; le fait que les capitalistes éprouvent de la répugnance à déplacer leurs tonds pourra longtemps empêcher une crise industrielle de se dénouer 2^. D'autre part certaines crises tiennent à ce que, tout travail s'appuyant sur un capital, il est matériellement difficile, dans la mesure où ce capital est fixe, de passer d'une occupation économique à une autre sans un sacrifice de capital qui peut annuler le bénéfice de l'opération : telle la crise qui a suivi la fin de la guerre, en 1815^*^. Crises d'autant plus graves que les nations sont plus puissantes et plus riches, et, par suite, les machines plus nombreuses et plus coûteuses.
La théorie de la valeur, qui semble fonder, chez Ricardo, l'optimisme économique, n'est donc vraie que sous un grand nombre de réserves. Il convient seulement, pour savoir dans quelle mesure la doctrine de Ricardo est un optimisme, d'apprécier dans quelle mesure les inOuences perturbatrices que nous venons d'énumérer masquent l'opération de la loi. Or, c'est un fait que Ricardo tend constamment à diminuer l'influence des actions perturbatrices. Il tient pour négligeables les variations qui ont lieu dans l'estimation des différentes qualités du travail. Si le principe est vrai des objets seulement doat le travail peut accroître
indéfiniment la quantité, ces objets-là constituent, selon lui, € de beaucoup la plus grande partie des choses qui sont l'objet du désir w^^. Enfin, si les prix oscillent sans cesse autour de la valeur naturelle, si l'équilibre du monde économique tend à s'établir au prix d'un perpétuel déséquilibre, Ricardo tend visiblement à toujours insister sur le caractère temporaire et fugitif de ces oscillations. *® Une lettre qu'il écrit à Malthus, dans une année de dépression industrielle, trahit les incertitudes de Ricardo à cet égard. Il déplore « les préjugés et l'obstination qui font persévérer les hommes dans leurs occupations anciennes, attendant chaque jour une amélioration, et continuant à produire des objets pour lesquels il y a demande insuffisante». Pour corriger ces préjugés, il rêve, au mépris de tous ses principes, d'un despotisme éclairé, d'une providence industrielle : € si un génie supérieur avait sous sa direction l'administration du capital national, il pourrait, en très peu de temps, rendre le commerce aussi actif qu'il a jamais été ». En somme, il comprend mal la crise, dont il est obligé cependant de constater l'existence : « si j'avais besoin de drap et vous de coton, nous serions bien fous tous les deux de produire, pour les échanger entre nous, l'un des velours, l'autre du vin; c'est pourtant une folie du même genre que nous commettons aujourd'hui, et je réussis difficilement à expliquer la durée de cette illusion ». Finalement, il veut espérer que ses yeux le trompent : « après tout, le mal n'est peut-être pas aussi grand qu'il en a l'air » *^.