‹ La formation du radicalisme philosophiqueChapitre 81 sur 239 · LE SUFFRAGE UNIVERSEL · texte numérisé non relu

LE SUFFRAGE UNIVERSEL

le leur accorder. Les femmes ont les mêmes intérêts que les hommes^ elles sont comme eux et au même d^ré qu'eux capables de plaisir et de peine ; elles ne leur sont inférieures ni en aptitude morale ni en aptitude intellectuelle; elles sont tenues pour capables de régner ; elles votent aux élections du bureau de la Compagnie des Indes. La subordination de la femme à rhomme en matière de droits privés est nécessaire; mais cette subordination même, qui tient uniquement à rinfériorité des forces physiques, est une raison de leur conférer, non de leur ôter l'égalité des droits politiques^*. — Enfin c'est surtout le troisième principe, ou principe de simplification, qui permet de réduire au minimum le nombre des défalcations : de sorte que le suffrage virtuellement universel tend à se rapprocher indéfiniment du suffrage universel. Le même principe qui a condamné les règles d'exclusion en matière de preuves judiciaires les condamne en matière de droit électoral. Toute règle d'exclusion, par les difficultés d'interprétation, implique une triple dépense de temps, d'argent et de tranquillité : ce sont là des maux sensibles et réels. Quant aux maux que l'on vise à éviter par l'exclusion, ils sont, en dernière analyse, impalpables^^. Un droit quelconque, si on le considère par rapport à l'individu qui le possède tout entier, peut être extrêmement important, et cependant n'être qu' <c une fraction de fraction » par rapport à ses fins lointaines, élaboration et exécution des lois. On négligera donc d'exclure les étrangers, les criminels, les vagabonds, les

insolvables, les aliénés. C'est l'application du principe de simplification qui détermine Bentham à passer du householder plan au virtually universal plauj dont il est désormais le théoricien attitré. Universal Suffrage^ Armual ParliamentSy and Election by Ballot^ c'est la formule courante dans les meetings radicaux. Secrecy^ universalily, equality and annuality of suffrage^ c'est la formule, plus abstraite, que préfère Bentham. Le major Cartwright encourage Benlham de ses vœux, attend avec impatience la publication de son « Gode Constitutionnel »; mais, si Bentham adopte le programme de Cartwright, il le fonde sur des principes nouveaux. Avec le Plan of Parliamentary Reform, avec le Constitutionai Code^ se consomme l'évolution de la théorie du suffrage universel par laquelle le principe des droits naturels se trouve absorbé dans le principe de l'utilité générale.

L'ouvrage de Bentham devient, aussitôt après son apparition, l'ouvrage classique du parti radical; ce sont les idées exprimées dans cet opuscule que Ricardo adopte sous l'influence de James Mill *^ et dont il trouve plusieurs occasions de prendre la défense au Parlement. Il reste assurément modéré dans son radicalisme même. Il ne se laisse pas convertir à la cause des Parlements annuels, et se contente de Parlements triennaux. Il ne réclame pas, avec Bentham et Sir Francis Burdett, le suffrage universel : le householder suffrage lui suffit**. Ce qui ne l'empêche pas de déclarer en 1818 à son ami Trower qu'il se considère comme le

Page 1